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Dernier volet de notre récit sur la terrible bataille de Dien Bien Phu (retrouver les 4 premiers épisodes 1, 2, 3 et 4)

La bataille de Dien Bien Phu : la chute

Le 1er mai dans la soirée, l’apocalypse finale s’abat sur les défenseurs de Dien Bien Phu. Le Viêt Minh déclenche une nouvelle préparation d’artillerie. Elle est d’une intensité jamais atteinte jusque là. Il utilise désormais des lance-roquettes  Katioucha – les fameuses « orgues de Staline ». Leurs impacts sont terribles et dévastateurs. La terre gronde et tremble comme pendant un séisme. Les survivants raconteront que les impacts étaient si rapprochés et si intenses qu’ils voyaient la nuit comme en plein jour. L’artillerie française ne peut plus rien faire. Elle n’a presque plus de canons et de toute façon presque plus d’obus à tirer. Les munitions viennent aussi à manquer pour les hommes. Quant à la situation sanitaire, elle est depuis longtemps au-delà de ce que l’humain peut endurer. Et pourtant, les vagues d’assaut du Viêt Minh se heurtent encore à une résistance désespérée.

Mais dans la nuit, Eliane 1 tombe. Dans la nuit suivante du 2 au 3 mai, c’est au tour de Dominique 3 et Huguette 5. La nuit du 4, c’est Huguette 4 qui succombe. Eliane 2 résiste encore. Envers et contre tout. Plus pour longtemps. Dans la nuit du 6 mai, le Viêt Minh fait sauter plus deux tonnes d’explosifs dans une sape qu’il creusait avec acharnement depuis plusieurs jours. L’explosion pulvérise littéralement la colline. Cette fois, les défenseurs d’Eliane 2 qui ont si durement résisté jusque là ne peuvent plus rien.

Au matin du 7 mai, Eliane 3, 4 et 10 sont à leurs tours submergées par les vagues d’assaut Viêt Minh. Les soldats  vietnamiens sont obligés de prendre d’assaut chaque poste, chaque trou, chaque abri. Ils ne font pas la distinction entre les valides et les blessés qui ne peuvent plus se battre. Dans la fureur des assauts, tous sont achevés à la grenade, au fusil ou à la baïonnette..

Les défenseurs ne dorment plus. Les harcèlements continus du vient-minh et le déluge ininterrompu de l’artillerie empêchent tout repos. Les cas se multiplient ou des hommes tombent d’un coup, subitement, sans blessures apparentes : morts de fatigue. Bientôt les caisses de munitions se vident définitivement. Alors quand on le peut encore, c’est au couteau que l’on se bat.

Le 7 mai 1954, à midi, dans son PC depuis lequel il peut entendre distinctement les voix des soldats Viêt Minh, de Castries informe Hanoï que tous les postes le long de la Nam Youn sont pris. Il a été promu général le matin même… Tenter une sortie n’est plus possible. Une nuit d’affrontement supplémentaire signifierait le sacrifice des blessés les plus graves. Il reçoit l’ordre du Haut Commandement français à Hanoï de cesser le feu. La consigne est passée chez les derniers défenseurs encore en état de se battre. Les combats doivent prendre fin à 17h30. Pas de drapeaux blancs.

Il ne reste plus aux survivants qu’à détruire toutes les armes qui pourraient tomber entre les mains de l’ennemi. Les artilleurs sabotent les derniers canons en faisant sauter dans les tubes des grenades au phosphore qui soudent les culasses. On brise tout le matériel encore en état. On vidange à la hâte les moteurs des chars et des véhicules et on enflamme l’huile. Pour les armes légères, fusils et mitraillettes, le plus simple est encore d’enfoncer les canons profondément dans la boue molle des parois des tranchées ou des abris et de tirer une dernière cartouche pour faire éclater culasses et canons. Les radios sont dépecées et leurs pièces éparpillées. Rien ne doit tomber d’utilisable dans les mains ennemis.

La bataille de Dien Bien Phu : la fin

A 17h30, un silence de mort s’est posé sur tout le champ de bataille. Et puis , les soldats Viêt Minh sortent de leurs abris et de leurs tranchées. Ils dévalent les collines, ils envahissent toute la plaine. Ils sont des centaines à investir le centre principal de la résistance française. A 17h50, le haut commandement français de Hanoï capte un dernier message : « Ils sont partout, ils nous submergent. On fait tout sauter. Adieu… »

Un drapeau rouge à étoile d’or est planté sur le PC français. La bataille de Dien Bien Phu est terminée.

Sur Isabelle, les tirs ne cesseront qu’à 1h du matin. Le lieutenant-colonel Lalande a échoué dans une ultime sortie pour casser l’encerclement de sa position et donner une chance aux survivants de s’échapper.

Côté français, il ne reste plus que 11 721 défenseurs, dont 4 436 blessés. Avec l’accord du Viêt Minh, la Croix Rouge peut évacuer 858 hommes dont le cas est jugé grave.

Entre le 20 novembre 1953 et le 7 mai 1954, les pertes françaises se répartissent ainsi : 1 726 soldats tués, 1 694 portés disparus, 1 161 déserteurs et 5 234 blessés. 56 avions ont été abattus en vol ou touché au sol, et 186 touchés par la DCA, pour 21 tués,  33 disparus et 43 prisonniers. 2 hélicoptères ont été abattus. Les pilotes mercenaires américains ont perdu 3 hommes. Il faut ajouter à cela les pertes des prisonniers. Car sur les 10 863 hommes, dont 3 578 blessés, emmenés en captivité par le vient minh dans des conditions inhumaines – malnutrition, absence de soins et d’hygiène, endoctrinement politique, maltraitances et exécutions sommaires – seuls 3 290 seront rendus aux autorités françaises, soient un total de 7 573 prisonniers décédés.

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Le sort des combattants vietnamiens capturés au côté des soldats français reste incertain. Beaucoup ont sûrement été exécutés comme traîtres. D’autres ont été déportés dans des camps de « rééducation politique » où leur sort est demeuré inconnu.

Le Viêt Minh a engagé à Dien Bien Phu 5 divisions, soient 33 bataillons combattants au total. En comptant les renforts et les porteurs, on estime à plus de 150.000 hommes les effectifs de Giap pour l’ensemble de la bataille. L’Etat-major français n’a jamais eu de chiffres officiels des pertes ennemies et les estime à plus de 8 000 morts et entre 15 000 et 20 000 blessés dont beaucoup périront ensuite par manque de soins adaptés.

En France, la guerre d’Indochine n’éveillait qu’un intérêt mitigé. Ce conflit lointain mené pour une colonie non moins lointaine et d’un intérêt économique assez faible, par des troupes composées pratiquement uniquement de professionnels et de volontaires, était mal compris et ne suscitait pas les passions d’une opinion publique plus intéressée par la reconstruction économique et la menace soviétique en Europe. Premier parti de France, le PCF ne cachait d’ailleurs pas ses positions en faveur de la victoire Viêt Minh et la décolonisation, allant même jusqu’à organiser des opérations de sabotage sur les matériels envoyés aux combattants. De plus, dès le début de la bataille de Dien Bien Phu, la censure de l’armée cachait soigneusement à la presse, et donc au public, la réalité du terrain. Pourtant, la nouvelle de la chute de la garnison a très vite provoqué une surprise totale et une grande émotion, au point que des parlementaires sont même pris à partie par des manifestants.

Dien Bien Phu est la plus grande et la plus terrible des batailles menées par l’armée française après la seconde guerre mondiale, et à fortiori dans le cadre de ses guerres de décolonisation. On connait maintenant très bien le déroulement des affrontements ainsi que l’ensemble des raisons qui, du côté français comme du côté Viêt Minh, ont conduit au résultat final. On peut, avec ce recul privilégié qu’offre le temps et l’histoire, théoriser à loisir sur les détestables « Il aurait fallu » ou les « Et si ? ». Mais finalement, à quoi bon ? Le 21 juillet 1954, les accords de Genève, dont les négociations ont été accélérées par la chute du camp retranché, mettent fin à la présence française en Indochine et le Vietnam est partagé entre le nord, communiste, et le sud, libre, avec comme frontière le 17ème parallèle.

Reste l’extraordinaire abnégation et le courage incroyable dont on fait preuve les combattants de Dien Bien Phu tant du côté Viêt Minh que Français lors de ce terrible engagement. Les sacrifices consentis face à l’horreur forcent encore aujourd’hui le respect et l’obligation du souvenir.

Pour en savoir plus :

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La bataille de Dien Bien Phu s'achève le 7 mai 1954. A bout de force, les défenseurs cessent le feu et sabotent leur matériel. Les soldats du Viet Minh quittent leurs abris et sortent de leurs tranchées. Ils dévalent les collines, investissent la plaine et le camp retranché. Ils plantent leur drapeau sur le PC du général de Castrie.
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Bruno Perrin-Turenne

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