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Georges Blind | Fusillé souriant | Histoire | historyweb-2
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Il s’appelait Georges Blind, mais le monde le connait mieux sous l’appellation de « fusillé souriant ».

Il aura fallu attendre le début des années 80 pour donner un nom à cet homme, jusque là inconnu, souriant à son peloton d’exécution sur une photographie exceptionnelle parue pour la première fois en mai 1945 dans le journal « Jeune Alsace ». L’auteur est resté anonyme devant l’Histoire, la photo, elle, a fait le tour du monde.

L’histoire de Georges Blind, le fusillé souriant

Georges Blind est né le 17 novembre 1904, à Belfort. Lorsque les allemands occupent Belfort le 18 juin 1940, il est caporal au corps des sapeurs-pompier de la ville qu’il a intégré en 1929. Un homme dont les qualités humaines et professionnelles sont reconnues par ses supérieurs et le maire de la ville dont on a retrouvé une lettre de félicitations à son endroit.

Son premier acte de résistance, il l’accomplit en participant à la mise à l’abri de la statue d’Edith Cavell, une infirmière britannique fusillée par les allemands en Belgique lors de la première guerre mondiale. Un geste symbolique, mais un geste fort. Le premier d’une longue série d’actes de résistance.

Après la guerre, les langues se délient, les témoignages se précisent. Oui, les pompiers utilisaient leurs ambulances pour transporter des armes, des personnes recherchées, des journaux clandestins, du matériel, des agents de renseignement, et tout ce qu’une ambulance était capable de dissimuler aux yeux de l’occupant nazi. Oui, Georges Blind était membre actif du fameux « Groupe Ferrand » et oui, il participait activement à la résistance locale.

Le 14 octobre  1944, Georges Blind s’apprête à quitter son domicile pour aller prendre son service de nuit. Il ne reverra jamais sa caserne. Il est recherché, les allemands sont là, ils l’arrêtent. En début de soirée, il est emmené à la caserne Fiedrich où le registre d’écrou mentionne son incarcération. En revanche, personne ne sait avec certitude ce qu’il est advenu de lui pendant cet emprisonnement. Mais l’on sait les effroyables tortures infligées à l’époque par les bourreaux pour arracher les renseignements aux résistants capturés. Et des renseignements utiles, Georges Blind devait en connaître beaucoup. Alors on suppose, on est presque certains, mais sans malheureusement pouvoir rien prouver. La baignoire ? Les coups ? Les privations de sommeil ? Tout cela à la fois ?

Seule certitude : entre le 14 et le 24 octobre, Georges Blind est emmené dans les fossés du Château de Belfort, devant le Fort blanc. Pour y être exécuté. Les allemands lui attachent les mains, ils le poussent contre l’arête d’un mur, ils le mettent en joue. Ils s’attendent à ce qu’il craque. En fait, ils espèrent que la peur ultime et incontrôlable de la mort le fasse céder. C’est un simulacre d’exécution auquel Georges Blind est soumis. Un procédé odieux que les allemands maîtrisent parfaitement. Ou presque. Parce que ce jour là, l’incroyable survient. Debout, seul, face à son peloton d’exécution et la mort, Georges Blind nargue ses bourreaux et sourit. Un inconnu prend la photo à ce moment là. Instant de l’Histoire qui capture à jamais l’incroyable courage de ce résistant.

Le 24 octobre 1944, Georges Blind est conduit au camp de Schirmeck-La Broque. De là, il est mis dans un train pour être déporté au camp de concentration de Dachau. Il y arrive le 29 octobre. Il y reste un mois. Le 24 novembre, un millier de déportés de Dachau sont « selectionnés » pour être envoyés à Auschwitz. Georges Blind est de ceux-là. Avec 863 autres français, dont André Hatier et Marcel Dejean. Georges et André se connaissent depuis Belfort. Le train qui les a emmenés à Auschwitz a été depuis très bien identifié. On lui a donné le nom de « convoi des Vosgiens ».

Les Vosgiens arrivent à Auschwitz le 26 novembre, dans la soirée. Comme le veut l’horreur insondable du lieu, ils sont douchés, tatoués d’un matricule, avant que les SS n’en choisissent 80, dont Georges Blind, André Hatier et Marcel Dejean, et les envoient au camp « Judenlager » de Blechhammer. Le groupe des 80 y arrive dans la nuit du 29 novembre. Georges Blind n’en ressortira pas vivant.

La mort de Georges Blind, le fusillé souriant

On sait aujourd’hui, grâce au recoupement des témoignages des survivants, dont messieurs Hatier et Dejean qui ont survécu, que Georges Blind a été isolé du groupe des 80 et conduit à l’infirmerie dès son arrivée à Blechhammer. Le lendemain, les SS ont mis à l’écart 9 autres membres du groupe, notamment en raison d’un cas avéré de scarlatine. Les 70 autres ont été maintenus en quarantaine pendant trois semaines. Personne n’a revu les dix mis à l’écart. Aucun décès n’est survenu dans le groupe des 70 restants jusqu’à l’évacuation du camp en janvier 1945. Alors ? Qu’est-il arrivé à Georges Blind et aux 9 autres malades ?

C’est le témoignage de Monsieur Jules Fainzang, déporté et utilisé comme infirmier auxiliaire le soir à l’infirmerie, qui va permettre de comprendre. Dans le bloc sanitaire, à côté de l’infirmerie, les SS avaient déjà entassé 20 malades présumés du typhus. C’est très vraisemblablement là qu’a été emmené Georges Blind dans la nuit du 29 novembre. C’est très vraisemblablement là qu’ont été emmenés les 9 autres vosgiens le lendemain. Jules Fainzang temoigne de leur présence dans ce bloc le 30 novembre au soir. Il témoigne encore de la mort de tous les malades présumés du typhus, assassinés par injection létale dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre et dont les corps ont été emmenés au four crématoire par d’autres déportés.

Sans témoignages direct à sa disposition, l’historien Christophe Grudler, qui a enquêté plus de douze années sur la photo du fusillé souriant et a écrit le livre « Le fusillé souriant, histoire d’une photo » (Ed. Sutton), n’a pu se forger qu’une intime conviction, mais auquel son immense travail donne tous les accents de la vérité. Ainsi, il est plus que probable que Georges Blind présentait à son arrivée à Blechhammer les symptômes d’un maladie contagieuse et que c’est pour cela qu’il a été immédiatement isolé du reste du groupe. Craignant une contagion dans le groupe de français arrivé la veille et qui aurait pu s’étendre à tout le camp, les SS ont isolé 9 autres malades présumés dès le lendemain. Tous ont donc très probablement été assassinés par injection avec les autres malades du typhus dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre 1944.

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Georges Blind | Le fusillé souriant | 1904-1944

Georges Blind, caporal infirmier au corps des sapeurs-pompiers de Belfort résistant, a été nommé sergent des FFI, décoré de la médaille d’argent avec rosette des sapeurs-pompiers, de la médaille militaire, de la croix de guerre, et  de la médaille de la résistance, à titre posthume.

Son fils, Jean Blind, déporté à 18 ans en 1944 est décédé en 2004.

Sa belle fille, Yvette Blind, ses petits-fils Pascal et Alain Noviot,  et ses arrières petits-fils Cédric et Aurélien Noviot étaient présents le 27 octobre 2014, lors d’une cérémonie commémorative qui s’est déroulée sur les lieux même où a été prise la photo du « fusillé souriant », à l’occasion des 70 ans de son arrestation.

Christophe Grudler a raison de dire que la photo du « fusillé souriant » est un « symbole universel de résistance ».

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La photo de Georges Blind, le fusillé souriant, a fait le tour du monde et est devenu un symbole universel de la résistance. Récit extraordinaire de ce résistant qui défié la mort en face à découvrir sur historyweb.

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Bruno Perrin-Turenne

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