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Livret ouvrier | Le site de l'Histoire | historyweb

Le « livret ouvrier » était un document officiel  à caractère administratif qui permettait aux autorités de contrôler les déplacements des ouvriers entre leurs différents lieux d’emploi. D’un usage strict, il devait être présenté par le porteur en de multiples occasions.

L’origine du livret ouvrier

Ce livret a en fait des racines anciennes. On retrouve en effet en 1749 l’obligation pour les employés d’être munis d’une lettre patente faisant office de « billet de congé ». Cette patente relevait elle-même d’une vieille réglementation médiévale qui imposait aux compagnons de métier de se munir d’un congé en bonne et due forme lorsqu’ils quittaient leur maître pour être embauchés ailleurs.

Le « livret ouvrier » sous sa forme quasi définitive fait sa première apparition le 17 août 1781. Il est établi sous la pression des corporations artisanales et de la police. Il se présente sous l’aspect d’un petit cahier de quelques feuillets qui identifie physiquement et nominalement l’ouvrier, consigne ses sorties et ses entrées chez ses maîtres successifs lors de son tour de France. Déjà à l’époque, ce cahier doit être paraphé par une autorité. Selon les villes, ce peut être par un commissaire de police ou par le bourgmestre ou encore l’un de ses adjoints. Le premier feuillet porte le sceau de la ville. On y trouve le nom et le prénom de l’ouvrier, son âge, le lieu de sa naissance, son signalement précis, sa profession et le nom du maître chez lequel il travaille. L’ouvrier est tenu de faire scrupuleusement viser son livret. S’il voyage sans lui ou ne peut le présenter à l’autorité, il est considéré comme un vagabond et est susceptible d’être arrêté et puni comme tel.

Le livret ouvrier est supprimé purement et simplement sous la révolution, au nom du libéralisme économique prôné à l’époque. Certes, les travailleurs sont désormais libres, mais cette suppression sauvage a en réalité des conséquences dramatiques puisqu’elle ouvre d’un coup la porte à tous les abus et précarise un très grand nombre de petites gens.

C’est le Premier Consul Bonaparte qui, par une série de lois et d’institutions, soucieux de réorganiser et de recadrer une société française ruinée et totalement désorganisée après plus de dix ans de révolution, va réinstaurer l’obligation du « livret ouvrier » le 1er décembre 1803. Le but officiel est de « domestiquer le nomadisme des ouvriers ». Le but final de Bonaparte n’est en fait rien moins que de contrôler l’activité économique du pays pour mieux faire rentrer et rationaliser  l’impôt, alors que les finances du pays étaient exsangues et les abus légions. En contrôlant les activités des ouvriers, il peut contrôler de fait celle de leur(s) employeur(s).

Ce nouveau livret ouvrier comporte un paragraphe rappelant clairement l’interdiction des coalitions d’ouvriers. Ceux-ci ne peuvent donc pas se former en syndicats et ne peuvent faire pression collectivement pour faire valoir leurs droits. C’est le patron de l’ouvrier qui conserve le livret par devers lui pendant tout le temps où il travaille chez lui. L’ouvrier n’est donc pas réellement libre de partir quand il le souhaite.

Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, cet outil de régulation sociale et économique sera bien accepté. D’un côté par les ouvriers qui y verront en fait un gage d’emplois pérennes et stables. Et d’autres part par les employeurs qui y verront une vraie régulation de la concurrence déloyale du travail dissimulé. Car le livret ouvrier a en effet rapidement opéré de facto une séparation entre les patrons sans scrupules qui ne recherchaient qu’un profit rapide, immédiat par n’importe quel moyen et ceux qui acceptaient de se conformer à la législation. Ainsi, quand on avait un travail « déclaré », livret ouvrier faisant foi, c’était un gage que l’on était dans une «vraie» situation.

On remarquera à quel point les problématiques de l’époque, en termes de travail dissimulé à l’Etat et du manque à gagner qu’il engendre pour celui-ci résonnent à plus de deux siècles d’écart en écho aux discours actuels.

Bien-sûr, les conditions de travail de l’époque appliquées à notre société contemporaine feraient hurler et descendre dans la rue n’importe quel employé de n’importe quel secteur. Temps de travail à rallonge, pénibilité, protection sociale nulle, tout n’était pas rose, loin s’en fallait. Pour autant, remis dans son contexte historique, politique, économique et social, le livret ouvrier de Bonaparte a plutôt été une réussite sociale, et s’est avéré être un réel facteur de protection plutôt que de contraintes pour les « petits ».

La fin du livret ouvrier

Le livret ouvrier va traverser tout le XIXème siècle. Ce n’est qu’à partir de 1854 qu’il est laissé aux mains de l’ouvrier seul. L’usage du livret ouvrier va peu à peu disparaître à partir de 1860, notamment à cause de la révolution industrielle qui va le rendre inutile et obsolète face aux grandes embauches dans les usines. La loi anti-coalition est abolie en 1864. Désormais les ouvriers peuvent s’organiser en syndicats, portés par une idéologie qui connait de plus en plus de succès dans les milieux industriels : le socialisme.

Le livret ouvrier disparaît définitivement en 1890.

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Gendarme vérifiant un livret ouvrier | XIXème siècle

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Bruno Perrin-Turenne

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