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Le couronnement de Charlemagne, Empereur d’Occident, a lieu à Rome le jour de Noël de l’an 800. Retour sur les circonstances qui ont amené à cet événement clé de l’histoire de l’Europe occidentale.

Le couronnement de Charlemagne, le contexte

La puissance du royaume franc

On oublie très souvent que Charlemagne… n’a pas toujours été Charlemagne !

Charles Ier est proclamé Roi des Francs en l’an 768 avec son frère Carloman. Resté seul au pouvoir après la mort de ce dernier, il agrandit considérablement, par ses conquêtes, le royaume que lui a laissé son père Pépin le Bref.

C’est ainsi qu’à la fin du VIIIème siècle, la monarchie franque s’étend à l’est jusqu’à l’Elbe et au Danube et, au sud, jusqu’au Bénévent et l’Ebre. Elle englobe donc quasiment tout l’occident chrétien. Les quelques petits royaumes anglo-saxons ou espagnols qui n’ont pas été absorbés font d’ailleurs preuve à son égard d’une grande déférence qui vaut pour une reconnaissance quasi officielle de son protectorat. De fait, la puissance de Charles Ier s’étend à tous les pays et à tous les hommes qui reconnaissent le Pape de Rome comme le vicaire du Christ et le chef de l’Eglise catholique. En dehors des territoires contrôlés par Charles, on trouve soit l’Empire byzantin, dont l’orthodoxie religieuse fait déjà débat, soit un monde « barbare » où règne le paganisme, soit le monde ennemi de l’islam.

Rome contre l’Empire byzantin : la lutte d’influence

Dès 792, l’empire byzantin, ancien Empire romain d’Orient, est dirigé par Irène, la mère de l’empereur Constantin VI. Or celle-ci, à partir de 797 et après la mort de son fils, décide d’assumer officiellement le titre de Basileus, c’est à dire Empereur d’Orient.

A Rome, le Vatican entrevoit immédiatement une vraie opportunité pour assoir l’influence de l’Eglise catholique sur l’ensemble du monde chrétien. En effet, le fait qu’une femme porte le titre suprême est totalement incongru pour l’époque, en particulier pour les carolingiens francs qui estiment de fait que le titre impérial byzantin est vacant et qu’une partie du monde chrétien se retrouve sans chef.  La papauté tient là un prétexte inespéré. A condition de bien manœuvrer et de mettre en avant un prétendant crédible au titre impérial.

Mais l’affaire n’est pas simple. Car pour les byzantins, l’autorité du Pape de Rome est quasiment nulle. Ils ne reconnaissent que celle de leur Patriarche qui est soutenu par leur état toujours souverain, encore riche et puissant, directement issu de l’ancien empire romain d’orient. Charlemagne Charlemagne Charlemagne

L’autorité de Rome sur l’ensemble du monde chrétien ne peut donc être acquise que si le Pape lui-même se trouve un appui puissant. Or il n’y a qu’un seul candidat potentiel : Charles Ier des Francs. Sa foi chrétienne et son attachement à la religion catholique sont indéniables. Son statut de monarque le plus puissant d’Europe en fait donc le protecteur naturel de l’Eglise catholique et du Pape.

La toute puissance du royaume franc est une aubaine pour la Papauté, qui, si elle trouvait le moyen de renforcer concrètement ses liens avec le royaume carolingien, profiterait directement de tout accroissement du prestige et de la puissance de Charles pour étendre son influence jusqu’aux portes byzantines.

L’idée de la fondation officielle d’un empire en occident, regroupant à terme toute la chrétienté, commence donc à germer dans l’esprit de plusieurs personnalités au cours des années 790.

Intrigues à Rome

Mais l’Eglise catholique est encore bien loin de pouvoir s’imposer à sa rivale orientale. En fait, elle est complètement engluée dans ses querelles intestines. Luttes de pouvoirs, intrigues en tout genre, complots, Rome est le théâtre d’affrontements politiques sans merci. Charlemagne Charlemagne Charlemagne

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En l’an 796,  Léon III devient Pape. Sa position devient très rapidement délicate, face à la noblesse romaine, mais aussi et surtout face à la hiérarchie ecclésiastique. Des rumeurs courent notamment sur l’immoralité de son comportement. Plus que jamais, le Pape voit son autorité directement menacée et a besoin du protectorat puissant et incontestable de Charles.

Charles au secours du Pape

En 799, Léon III subit un véritable attentat et est emprisonné par ses ennemis. Charles envoie immédiatement le duc franc Winigis de Spolète à Rome pour le délivrer. Ce dernier remplit parfaitement sa mission et ramène la Pape sous protection, dans son duché.

Désormais sous la protection directe de Charles et des francs, le Pape se rend à Paderborn. Il va y rester pendant environ un mois, durant lequel il va rencontrer Charles à de nombreuses reprises. On ignore encore aujourd’hui le contenu de leurs entrevues dont aucun compte rendu ne nous est parvenu. Mais à l’issue de son séjour, le Pape parle désormais publiquement de Charles comme du père de l’Europe et d’Aix-la-Chapelle, la capitale franque, comme de la troisième Rome. Charles promet de se rendre en personne à Rome pour intervenir directement auprès des ennemis de Léon III.

Sous la protection étroite de hauts dignitaires francs, Léon III retourne à Rome et parvient tant bien que mal à rétablir sa position.

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Le couronnement de Charlemagne

Le procès de Léon III

Comme promis, Charles se rend lui-même à Rome où il arrive le 24 novembre 800. Il établit ses quartiers au Vatican, alors hors de la ville. Se rendant compte du climat délétère qui règne parmi la noblesse et la Curie, il décide  de prendre les choses en main, d’imposer son autorité, de laver la réputation de Léon III et de l’assoir définitivement sur le trône de l’Eglise catholique. Mais il sait que les intrigues de coulisses ne peuvent se régler sur un simple éclat d’autorité. Il lui faut donc mettre en place une vraie manoeuvre politique et diplomatique.

Il fait donc organiser et préside lui-même un procès de Léon, auquel participent les prélats francs et romains et dans lequel comparaissent avec Léon les responsables de l’attentat de 799.

Le procès du Pape ! Une idée surprenante, mais très ingénieuse. Qui irait contester l’autorité de Charles dans la direction des débats ? Qui oserait ensuite contester la légalité du verdict d’un procès tenu en bonne et due forme ?

Bien entendu, Charles entend bien orienter le procès comme il l’entend. Les débats ne traîne pas et le verdict finit par tomber. Il est à l’image de la puissance de Charles. Les comploteurs qui ont attenté à la liberté du Pape sont purement et simplement condamnés à mort. Leur peine est ensuite commuée en bannissement. Les voila définitivement écartés. Puis, Charles exige du Pape un serment purgatoire. Ce type de serment, prêté sous l’autorité suprême de Dieu Lui-même, fait office de vérité absolue et incontestable. C’est ainsi que le 23 décembre 800, Léon III jure, devant Dieu et en public, n’avoir commis aucun des crimes qu’on lui reproche. Le voilà officiellement lavé de tout soupçon.

La  cérémonie du couronnement de Charlemagne

Ceci fait, le Pape n’a plus qu’à poursuivre dans l’ouverture que lui a donné celui qui va très bientôt devenir Charlemagne. Très vraisemblablement selon un plan bien établi entre les deux hommes.  Pour resserrer les liens entre l’Eglise catholique et le royaume franc, et pour avancer le premier pion vers l’empire byzantin. Ainsi, devant l’assemblée des notables romains et francs, il évoque officiellement pour la première fois l’accession de Charles au titre impérial, arguant principalement de la vacance du titre de Basileus à Constantinople qui impose une initiative forte pour maintenir l’unité du monde chrétien.

On n’est pas surpris de la suite : l’assemblée accueille ces arguments très favorablement et Charles accepte aussitôt l’honneur qui lui est proposé. On le voit, le séjour du Pape à Paderborn n’aura pas décidément pas été inutile…

C’est ainsi que le 25 décembre de l’an 800, le jour de Noël, dans la basilique Saint Pierre de Rome, Charles Ier des Francs est couronné Empereur d’Occident par le Pape Léon III.

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Dans son « couronnement de Charlemagne », le chroniqueur franc Eginhard, ami et conseiller de Charlemagne, écrit ceci :

« Venant à Rome pour rétablir la situation de l’Église, qui avait été fort compromise, il [Charlemagne] y passa toute la saison hivernale. Et, à cette époque, il reçut le titre d’empereur et d’auguste. Il y fut d’abord si opposé qu’il s’affirmait ce jour-là, bien que ce fut celui de la fête majeure, qu’il ne serait pas entré dans l’église, s’il avait pu savoir à l’avance le dessein du pontife. »

Charles aurait été très vivement courroucé par le fait que le Pape n’ait pas respecté l’ancien rite franc en vigueur. Léon a en effet déposé la couronne sur la tête de Charles mais ne l’a fait acclamer et ne s’est prosterné devant lui qu’après coup. Charles voulait que le Pape s’agenouille d’abord devant lui avant de le couronner puis de le faire acclamer. En 813, Charlemagne fera d’ailleurs modifier le protocole de la cérémonie en faveur de son fils Louis le Pieux. C’est aussi en se souvenant de cet épisode « malheureux » que Napoléon, un millénaire plus tard, prendra soin de se poser lui-même la couronne impériale sur la tête.

Pourtant rapidement informé du couronnement de Charlemagne, les byzantins ne reconnaîtront son titre d’Empereur qu’en 812, et encore, du bout des lèvres du Basileus d’alors, Michel Ier Rhangabé…

Le couronnement de Charlemagne au titre d’Empereur  est bien plus qu’un événement politique ou religieux. Elle est en fait les deux à la fois. En effet, par cette cérémonie, c’est bel et bien l’ancien empire romain d’occident qui renait de facto de ses cendres face à l’empire d’orient devenu empire byzantin. Mais l’empire de Charlemagne et de fait un empire romain – au sens de « issu de Rome » – et son chef ne doit son pouvoir spirituel qu’à l’Eglise. C’est un empire qui n’est pas d’origine laïque. Il n’est pas non plus, selon l’Eglise, un Etat. Au contraire, il se confond avec la communauté des fidèles chrétiens dont il n’est en fait que l’organisation temporelle dirigée et inspirée par le successeur de Saint-Pierre. Ceci rejoint les idées de Saint Augustin où la cité terrestre n’est que la préparation de l’avènement de  la cité céleste. Mais il s’agit là d’une conception purement théologique et ecclésiastique dont il semble que Charlemagne, beaucoup plus terre à terre, n’ait jamais saisi exactement toute la portée et toutes les conséquences, ou n’ait tout simplement pas voulu se préoccuper.

L’histoire retient donc que c’est le 25 décembre de l’an 800 que Charles Ier des Francs et devenu « Carolus Magnus Imperator », soit en français, « l’Empereur Charlemagne ».

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Bruno Perrin-Turenne

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