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La mort d'Alexandre le Grand | historyweb.fr
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La mort d’Alexandre le Grand est survenue à un âge relativement jeune pour son époque. Elle semble l’avoir frappé brutalement au milieu d’une vie de conquêtes inachevées. Elle reste un vrai mystère historique qui entretient les hypothèses et les rumeurs les plus sérieuses… ou les plus folles…

Pour tenter de comprendre les circonstances de la mort d’Alexandre le Grand, il convient tout d’abord de la poser dans son contexte historique.

La mort d’Alexandre le Grand, le contexte

Que s’est-il passé dans les dernières années qui ont précédé la mort d’Alexandre le Grand ?

Au printemps 327 av. JC, Alexandre III de Macédoine – Alexandre le Grand, après avoir conquis la Perse, a achevé la difficile pacification de l’Asie centrale. Devant lui, les hautes montagnes de l’Hindu Kush, et au-delà, les vallées de l’Indus et du Gange, c’est-à-dire, pour les Macédoniens et les Grecs, les mystérieuses contrées de l’Inde évoquées dans ses récits par Hérodote. Alexandre prépare depuis longtemps cette expédition, comme tend à le prouver la fondation, au printemps 329 av. JC, de la ville d’Alexandrie-du-Caucase – au nord de l’actuelle Kaboul – qui lui procure une solide base d’appui.

L’expédition en Inde

Alexandre lève le camp depuis la ville de Bactres – l’actuelle Balkh dans le nord de l’Afghanistan. Il est à la tête d’une armée considérable d’environ 120 000 personnes. Il y a là de très nombreux esclaves, mais également des femmes et des d’enfants qui doivent supporter la charge du ravitaillement. Les combattants sont au nombre d’environ 60 000, dont moins de la moitié sont des Macédoniens ou des Grecs.

Une entreprise difficile

La conquête de ces nouveaux territoires se révèle extrêmement difficile. Le climat chaud et humide favorise les maladies et les peuples rencontrés ne se soumettent pas facilement. Alexandre doit notamment affronter le râja Pôros, du royaume de Pauvara, le 26 juillet 326 av.JC , sur les rives de la rivière Hydaspes. La bataille est d’une violence inouïe. Les 200 éléphants de guerre de Pôros infligent des pertes énormes à l’armée d’Alexandre qui réussit à manœuvrer très intelligemment pour prendre ses ennemis à revers, mais perd son fameux cheval Bucéphale.

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Bataille de l’Hydaspes | historyweb.fr

La révolte des soldats macédoniens

A l’automne 326 av. JC, l’armée atteint le fleuve Hyphase, un affluent de l’Indus, au Penjab. C’est là que les Macédoniens et les Grecs se révoltent. Epuisés par des années de campagne, durement marqués par les extrêmes difficultés de l’expédition, ils n’aspirent plus qu’à rentrer chez eux pour profiter de leurs familles et de leur butin. Alexandre harangue, menace, supplie, mais ne parvient pas à les convaincre. La mort dans l’âme, il lui faut admettre, aux portes de la vallée du Gange et du mythique Océan extérieur, et malgré les renforts qu’il a reçu, qu’il n’ira pas plus loin.mort d’Alexandre le Grand

Le retour

Le retour se fait par la vallée l’Hyphase puis de l’Indus, une partie des troupes menée par Cratéros et Héphaestion allant à pied, l’autre étant embarquée sur une flotte construite spécialement.

Nouvelles épreuves

Bien évidemment les populations des territoires traversées ne sont pas toujours pacifiques et l’armée doit mener de nombreux autres affrontements. La mort d’Alexandre le Grand a bien failli survenir au cours de l’un d’entre eux où il est très grièvement blessé. La rumeur de sa mort se répand dans toute son armée au point qu’il faudra autoriser les soldats à constater eux-même de visu que leur roi n’est pas mort. Il faudra encore beaucoup d’effort avant d’atteindre enfin l’embouchure de l’Indus et l’océan indien où les Macédoniens et les Grecs découvrent avec terreur le phénomène des marées. Il faut maintenant rentrer à Babylone.

Alexandre scinde l’armée en trois corps

Alexandre décide de décomposer son armée en trois corps pour continuer à explorer les territoires inconnus qui se trouvent devant lui, tout en permettant à ceux qui le souhaitent de rentrer au plus tôt en Macédoine. Avec une flotte renforcée, Néarque doit rallier par la mer l’embouchure de l’Indus à celle de l’Euphrate. Avec la moitié de la Phalange et les vétérans, Cratéros doit emprunter une route plus au nord et plus directe qui passe par le sud de l’actuelle Afghanistan afin d’atteindre la Carmanie, le sud de l’Iran actuelle près du détroit d’Harmozia – Ormuz. Alexandre, quant à lui, prend le reste de ses hommes et des suivants et choisit de longer les côtes de la Gédrosie, c’est-à-dire l’actuelle région pakistanaise du Baloutchistan. L’idée est d’accompagner et de soutenir la flotte en lui établissant de loin en loin des points de ravitaillement.

L’enfer du désert de Makran

Mais l’affaire se complique. La côte est trop pauvre pour assurer la subsistance de tous. Alexandre tente de s’assurer le concours des populations pour se ravitailler, mais il est finalement contraint de séparer son corps en deux. La moitié dévie sur une route plus à l’intérieur des terres par le nord de la Gédrosie, tandis que l’autre, dont les troupes d’élite, avec Alexandre à sa tête, continue par la côte pour assurer le sort de Néarque et de la flotte. Mais cet itinéraire l’oblige à traverser le terrible désert du Makran qui borde le littoral. Un véritable enfer. Non seulement les vivres manquent, mais Alexandre doit en laisser une grande partie à l’attention de Néarque dont il n’a aucune nouvelle. Et les points d’eau potable sont très rares. En deux mois, Alexandre perd la moitié de son effectif, soit environ 6000 personnes, hommes, femmes et enfants, ainsi que la totalité des chevaux et des bêtes de somme, tous morts de soif, de faim et d’épuisement. La mort d’Alexandre le Grand a bien failli survenir dans le terrible désert de Markan…

 

Désert de Makran | historyweb.fr mort d'alexandre le grand Mort d’Alexandre le Grand site d histoire historyweb histoire desert makran

Le désert de Makran

 

Retrouvailles

A bout de force, les survivants parviennent à rejoindre Cratéros en Carmanie à la fin de l’année 325 av. JC. Le pire est que cet incroyable sacrifice a été inutile. Retardé d’un mois par la mousson, Néarque n’a jamais réussi à retrouver Alexandre, pas plus que les points de ravitaillement qui ont été pillés par les populations. Après presque trois mois de mer, Néarque parvient à atteindre Harmozia et à rejoindre la Carmanie où Alexandre le croit définitivement perdu. mort d’Alexandre le Grand

Vers Babylone

De nombreux problèmes à résoudre

Au début de l’année 324 av. JC, Alexandre entame la dernière remontée vers Babylone. Mais il ne rentre pas immédiatement dans sa capitale. Il est confronté aux nombreux problèmes survenus pendant sa longue absence et il doit absolument les résoudre avant qu’ils ne s’aggravent, en remplaçant notamment plusieurs satrapes – gouverneurs – qui ont pris un peu trop de libertés à son goût. Mais son grand projet reste d’unir définitivement les peuples de son empire, à commencer par les Perses et ses Macédoniens. En février, à Suse, il célèbre le mariage de 10 000 de ses hommes avec des femmes persanes, lui-même épousant une sœur de son ancien rival Darius III. Mais les Macédoniens vivent très mal ces cérémonies célébrées à la mode persane et ce nouveau mariage de leur roi avec une « barbare » – il a déjà une épouse bactrianne, Roxanne. De plus, l’incorporation de nombreux asiatiques dans les unités de prestige jusque là réservées aux Macédoniens, mais surtout le comportement de plus en plus mégalomane d’Alexandre – il demande qu’on l’adore comme un dieu et se détourne de plus en plus des coutumes grecques – attisent les rancœurs. Le règlement de toutes les dettes de ses soldats par Alexandre ne calme pas le lourd mécontentement des hommes. mort d’Alexandre le Grand

Nouvelle mutinerie

La mutinerie éclate à Opis, près de Babylone, au printemps 324 av. JC. Alexandre la réprime à la fois avec brutalité et diplomatie. Treize meneurs sont exécutés, mais il parle avec ses hommes et parvient à les calmer à force de flatteries et de promesses. Mais le fossé entre les ambitions du roi et les désirs de ses Macédoniens reste bien profond. Alexandre libère 10 000 vétérans et les renvoie en Macédoine avec Cratéros. Celui-ci doit y prendre la place de l’encombrant Antipatros qui assure la régence macédonienne en se heurtant de plus en plus à la mère d’Alexandre – Olympias – et auquel Alexandre ordonne de le rejoindre à Babylone avec de nouvelles recrues en renfort. mort d’Alexandre le Grand

La mort d’Héphaestion

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Ephaestion | Gravure sur le « Tombeau d’Alexandre le Grand » | Musée des Antiquités | Istanbul

Le 10 novembre 324 av. JC, Héphaestion meurt à Ecbatane, probablement d’une fièvre typhoïde aggravée par les excès de boisson et de nourriture. Alexandre est fou de douleur. Il perd son plus fidèle ami, son confident, son compagnon, son amant. Une perte terrible pour lui. Dans son entourage, les mauvais esprits ne se privent pas de souligner que sa bonne fortune est peut-être en train de vaciller. Ceci n’augure-t-il pas d’une prochaine mort d’Alexandre le Grand ? mort d’Alexandre le Grand

Babylone

Enfin, au début de l’année 323 av. JC, il rentre à Babylone. Il y multiplie les réceptions de nombreux ambassadeurs venus parfois de très loin : grecs, libyens, carthaginois et même celtes sont reçus avec un protocole fastueux qui tend à présenter le roi comme un dieu. Il fait aménager les canaux de l’Euphrate pour prévenir les inondations et donne des ordres d’organisation pour toute la province. Il envoie des expéditions maritimes explorer la Mer Caspienne et les côtes de l’Arabie jusqu’ à la totalité de la Mer Rouge. On ignore aujourd’hui ses projets réels. Il semble qu’il ait sérieusement envisagé une expédition en Arabie, mais aussi de poursuivre ses conquêtes à l’ouest de la Méditerranée. Il n’en aura pas le temps. mort d’Alexandre le Grand

La mort d’Alexandre le Grand

Après une fête et un banquet particulièrement arrosés, Alexandre accepte un autre festin chez un dénommé Médius. Là, après avoir vidé d’un trait une grande coupe de vin pur, il est pris – selon l’historien Diodore de Sicile – d’une violente douleur qui lui arrache des hurlements et le force à s’aliter. Le lendemain, 18ème jour du mois de Daesios, il est pris d’une fièvre tenace qui ne le quittera plus et ira même en s’accentuant. Son agonie va durer dix longs jours.

Les derniers jours d’Alexandre le Grand

Les premiers temps, il reste alité mais se fait transporter pour procéder encore aux sacrifices rituels dont il a l’habitude et il continue de donner des instructions à ses officiers en vue de l’expédition en Arabie. Et puis son état s’aggrave au point qu’il ne peut plus du tout se lever. Son entourage, et surtout les «diadoques» – ses possibles héritiers – comprennent que la mort d’Alexandre le Grand, l’immense conquérant, ce roi qui les a emmené au bout du monde, est inéluctable. mort d’Alexandre le Grand

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Mort d’Alexandre le Grand

Dans ses derniers instants de lucidité, le 24ème jour de Daesios, il donne la bague de son sceau royal à Perdiccas, l’un de ses généraux. Ils le pressent tous : A qui veut-il laisser l’Empire ? «Au meilleur…», répond-il faiblement. Ils n’en sauront pas plus.

Le lendemain, il perd l’usage de la parole, même s’il reconnait encore ses officiers. Les bains quotidiens qu’on lui fait prendre ne parviennent pas à faire baisser la fièvre. Le lendemain encore, de nombreux soldats macédoniens se massent devant le palais. Ils veulent savoir. On les autorise à entrer dans la chambre où ils passent en silence devant leur roi. Alexandre à un faible geste ou un clignement de paupières pour chacun. Son ultime effort.

Selon les «Ephémérides royales» rédigées au jour le jour par ses historiographes, la mort d’Alexandre le Grand survient au soir du 28ème jour du mois de Daesios. Il aurait eu 33 ans le mois suivant. mort d’Alexandre le Grand

Les polémiques historiques sur la mort d’Alexandre le Grand

La mort d’Alexandre le Grand suscite encore de nos jours bien des interrogations, notamment quant à sa date précise, mais surtout quant à sa cause exacte.mort d’Alexandre le Grand

Quelle est la date exacte de la mort d’Alexandre le Grand ?

La confusion quant à la date exacte de la mort d’Alexandre le Grand est venue de la complexité du calcul des correspondances entre les différents calendriers : macédonien, égyptien, julien et grégorien.

Le calendrier en usage à l’époque de la mort d’Alexandre le Grand est le calendrier macédonien qui se fie à la fois aux cycles lunaires et solaires. Il se compose de douze mois de 29 ou 30 jours, avec un mois supplémentaire rajouté de manière assez aléatoire pour rattraper le retard sur le soleil. On comprend aisément que les correspondances de dates avec le calendrier julien, puis notre actuel calendrier grégorien, sont donc assez difficiles.mort d’Alexandre le Grand

Les historiens antiques Plutarque et Arrien citent les « Ephémérides royales » rédigées au jour le jour par les historiographes d’Alexandre et dont il ne reste malheureusement que quelques fragments.

Ces textes précisent que la mort d’Alexandre le Grand est survenu le 28ème jour du mois de Daesios dans la 1ère année des 114ème Olympiades. Sur cette base, Champollion va le premier effectuer des calculs précis en établissant une triple correspondance entre les systèmes calendaires macédoniens, athéniens et égyptiens. Il date ainsi la mort d’Alexandre le Grand au 30 mai 323 av. JC. Un résultat souvent remis en cause par ses détracteurs qui lui reprochaient de se tromper d’une année, situant la mort d’Alexandre le Grand en 324 av. JC.mort d’Alexandre le Grand

Portrait de Champollion | historyweb.fr mort d'alexandre le grand Mort d’Alexandre le Grand site d histoire historyweb histoire champollion

Portrait de Champollion

Après bien des controverses, il a été finalement reconnu que Champollion ne s’était pas trompé sur l’année. Restait à définir le jour précis. On a très longtemps retenu le 10 juin. Les calculs plus modernes ont démontré que le 28ème jour du mois de Daesios correspond précisément au 13 juin de notre calendrier. La date aujourd’hui communément admise par les historiens pour la mort d’Alexandre le Grand est donc le 13 juin 323 av. JC., même si celles du 10 ou du 11 juin apparaissent encore souvent dans des ouvrages anciens ou sur plusieurs site internet.mort d’Alexandre le Grand

De quoi est mort Alexandre le Grand ?

La cause véritable de la mort d’Alexandre le Grand reste inconnue. Fatigue extrême, empoisonnement criminel, maladie, infection ? Plusieurs hypothèses proposent des explications plus ou moins crédibles.mort d’Alexandre le Grand

La fatigue

On peut d’abord supposer que la mort d’Alexandre le Grand est survenue à cause de l’affaiblissement de son organisme.  C’est son corps qui l’aurait tout simplement lâché.mort d’Alexandre le Grand

Tout au long de sa fantastique épopée, Alexandre le Grand a livré beaucoup de batailles au cours desquelles il a reçu de très nombreuses blessures dont certaines assez graves. A la tête, au poumon, aux bras, à la cuisse, au mollet, à la cheville… il ne les comptait plus.mort d’Alexandre le Grand

Les maladies ne l’ont pas non plus épargné. Il a d’ailleurs contracté une maladie chronique souvent relatée par ses historiographes. Les rudes contrées qu’il a traversées et les climats extrêmes qu’il a affrontés ont pu l’user prématurément. Tout comme les excès de nourritures et de boissons auxquels il s’adonnait plus que de raison, notamment après son retour à Babylone.

La douleur mentionnée par Diodore de Sicile laisserait alors à penser que la mort d’Alexandre le Grand aurait été provoqué par une pancréatite aigüe, déclenchée notamment par l’absorption d’une trop grande quantité de vin le soir de son dernier festin et aggravée par un état général affaibli et fragile.

La mort d’Alexandre le Grand aurait donc eu des causes « naturelles ». Cette hypothèse parait la plus simple et donc la plus crédible.

La maladie

D’autres hypothèses sur la mort d’Alexandre le Grand avancent la possibilité qu’il ait pu contracter une maladie comme la malaria, le typhus ou encore la fièvre du Nil. Peut-être par les moustiques ou par les oiseaux.mort d’Alexandre le Grand

Mais se pose alors le problème de savoir pourquoi personne de son entourage proche ne semble l’avoir également contractée.

Il aurait pu également être victime d’une dernière rechute fatale d’une infection récurrente contractée au cours de ses expéditions et dont ses historiographes font parfois mention. Mais dans ce cas, la mort d’Alexandre le Grand relèverait donc « simplement » de l’accumulation d’affaiblissements physiques.

Quoi qu’il en soit, l’absence de descriptions précises des symptômes dont a souffert Alexandre au cours de ses derniers jours ne permet pas d’appuyer cette hypothèse. mort d’Alexandre le Grand

La théorie d’une maladie pour expliquer la mort d’Alexandre le Grand n’est pas tout à fait irrecevable. Elle présente tout de même de sérieuses lacunes. mort d’Alexandre le Grand

L’empoisonnement

Une autre hypothèse sur la mort d’Alexandre le Grand propose la théorie d’un empoisonnement criminel.

Pour les tenants de cette théorie, Antipatros semble être le commanditaire idéal. Il aurait fait assassiner Alexandre car il aurait craint pour sa vie après son éviction de la régence de Macédoine. Son fils Iolas étant l’échanson du roi, il l’aurait chargé de verser le poison dans son vin.mort d’Alexandre le Grand

Mais Alexandre avait déjà déjoué deux complots contre lui. Son vieux général Parménion, ainsi que le fils de celui-ci, Philotas, l’avaient d’ailleurs assez injustement payé de leur vie à la fin de l’année 330 av. JC. On imagine mal Alexandre ou ses plus fidèles généraux ne pas se prémunir contre une autre tentative, y compris par le poison, même au cours de ses beuveries débridées. Antipatros aurait-il vraiment pris l’énorme risque d’une tentative d’assassinat en risquant sa vie, celle de ses fils et de toute sa famille ? Pas sûr.

Aristote fait également office de suspect. Il aurait lui aussi utilisé la proximité d’Iolas avec la coupe royale, pour se venger de son ancien élève et ami à cause de l’assassinat de son neveu Callisthène, exécuté sur ordre d’Alexandre pour avoir osé critiquer sa volonté de se faire adorer comme un dieu. Mais en 323 av. JC, Aristote était vieux et depuis longtemps douloureusement malade. On le voit mal fomenter un complot si important au soir de sa vie.

Le poison utilisé aurait pu être l’anhydride arsénieux, un dérivé de l’arsenic, mais plus lent et plus discret. Ou alors une potion à base de racines d’hellébore blanche. Cette plante étant d’ailleurs utilisé dans l’Antiquité pour soigner divers maux, elle a également servi de base à l’hypothèse, pour le coup purement spéculative, que la mort d’Alexandre le Grand serait la conséquence d’un empoisonnement médicinal. Les médecins d’Alexandre lui en aurait administré régulièrement pour le soigner, jusqu’à ce que les quantités ingérées atteignent le seuil toxique fatal.

Envisager la mort d’Alexandre le Grand par empoisonnement criminel ou médicinal n’a rien de fortuit. Justement parce qu’on connait de précédentes tentatives dans sa vie, et que l’on connait les médications qui lui était administrées.

Dans tous les cas, là encore, l’absence de descriptions précises des symptômes ne permet aucune conclusion définitive. Aucune preuve sérieuse ne peut être apportée pour soutenir cette théorie.

Après la mort d’Alexandre le Grand

Le gigantesque empire macédonien ne survit pas après la mort d’Alexandre le Grand. Dès qu’il s’éteint, ses diadoques se disputent comme des chiens le contrôle des différentes provinces. L’un d’entre eux est devenu particulièrement célèbre pour s’être approprié l’Egypte et y avoir fondé une dynastie qui a perduré jusqu’à la reine Cléôpatre : il s’agit Ptolémée.

mort d’Alexandre le Grand

L’énigme du tombeau d’Alexandre le Grand

Qu’est devenu le corps d’Alexandre le Grand ?

Le cadavre embaumé d’Alexandre devient immédiatement l’enjeu d’un conflit entre ses diadoques. Selon la coutume macédonienne, c’est le nouveau roi qui doit prendre en charge la dépouille de son prédecesseur. Réciproquement, celui qui s’approprie la dépouille du roi défunt devient de fait son successeur…

Perdiccas, à qui Alexandre avait remis son sceau royal sur son lit de mort, reste fidèle à Roxane et à son fils Alexandre IV. Son intention est de rapatrier le corps jusqu’à Aigéai, l’ancienne capitale macédonienne transformée en nécropole et où reposent les ancêtres d’Alexandre.

D’après Diodore de Sicile (XVII, 17.4 | XVIII, 1. 4 | XVIII, 26.3), le corps d’Alexandre est placé dans un premier sarcophage en or, enfermé à son tour dans un deuxième cercueil doré, l’ensemble étant recouvert d’un drap couleur pourpre. Le cercueil est ensuite monté sur un énorme char d’apparat, lui-même couvert d’un toit soutenu par un péristyle ionique.

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Char funéraire d’Alexandre le Grand

C’est Ptolémée qui fait intercepter le convoi et réussit à récupérer la dépouille d’Alexandre. Il l’aurait ensuite emmené à Memphis où elle serait restée plus de 40 ans avant que son successeur, Ptolémée II, ne la fasse transférer dans un somptueux tombeau à Alexandrie (vers 280 av. JC d’après le pseudo-Callisthène).

Les péripéties du temps

Bien plus tard, Ptolémée IV Philopator fait bâtir, toujours à Alexandrie, un somptueux mausolée – le Sôma- dans lequel est exposée la dépouille. Ce monument est décrit dans La Pharsale de Lucain. Il se dressait sur un tumulus et avait la forme d’une tour de marbre surmontée d’un dôme pyramidal. De petites chapelles destinées à recevoir les dépouilles des rois lagides étaient disposées tout autour. Une enceinte murée, le téménos, délimitait l’ensemble.

Selon Antiochos Grypus, mais aussi Strabon (17. C 794) qui se rendit lui-même sur le tombeau au 1er siècle ap. JC, Ptolémée IX, en -89, fait placer la dépouille dans un cercueil de verre ou d’albâtre translucide pour récupérer l’or du précédent cercueil. Le corps reste finalement là pendant plusieurs centaines d’années et devient un objet de visite pour un grand nombre de dignitaires grecs et romains, nobles, hommes politiques ou généraux. Suétone indique que l’empereur Auguste visite le tombeau et fait sortir le corps du sarcophage pour déposer sur sa tête une couronne en or et le couvrir de fleurs, la manipulation entraînant une détérioration du nez du cadavre. Plus tard, un autre Empereur, Caligula, aurait quant à lui volé la cuirasse. La dernière visite importante connue a lieu en 215 par l’empereur Caracalla qui pille sans vergogne la tunique, la bague et la ceinture d’Alexandre. A noter que, selon Flavius Josèphe, la dernière des Ptolémée, Cléopâtre, aurait elle-même pillé allègrement les richesses du tombeau…

On sait qu’un très violent tremblement de terre, suivi d’un tsunami dévastateur, ravage la ville le 21 juillet 365. Les chroniqueurs font mention de scènes terribles de destructions et de chaos : temples écroulés, édifices en ruine et près de 50 000 morts. Il parait évident que le tombeau a pu être sérieusement endommagé par une catastrophe de cette ampleur.

En 391 une violente émeute de la part des chrétiens contre les païens aboutit à la destruction totale du grand temple de Sérapis. Des chercheurs ont trouvé, dans un discours du rhéteur Libanius, que l’émeute aurait également touché ce qui restait du Sôma, le corps d’alexandre étant alors sorti du tombeau. Pour être exposé un dernière fois, comme le suggère Libanius, ou bien pour être détruit en tant que relique païenne ? A moins que les chrétiens n’ai considéré Alexandre comme un personnage illustre et l’ait enterré avec respect selon leur rites funéraire. Personne ne peut le dire. On perd totalement la trace de l’emplacement du Sôma et du corps à partir de cette période.

Au début du VIIème siècle, Alexandrie subit deux autres séismes suivis de deux raz de marées là encore dévastateurs. Elle ne s’en relèvera pas. Lorsque Napoléon arrive en Egypte en 1798, Alexandrie n’est plus guère qu’un grand village, les ruines de l’ancienne ville étant probablement enfouis sous plusieurs mètres de terre.

Les hypothèses sur l’emplacement actuel du tombeau d’Alexandre le Grand

Terra Santa

En 1906, un tombeau d’albâtre est mis à jour dans le cimetière latin de Terra Santa, situé à l’extérieur du téménos antique. Il se révèle être l’antichambre souterraine d’une tombe monumentale, avec une porte qui est apparue comme la réplique parfaite au 1/36ème de la porte gigantesque du célèbre phare d’Alexandrie. A l’époque, l’italien Achille Adriani considère l’ensemble comme le tombeau d’Alexandre le Grand.

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Entrée du supposé tombeau d’Alexandre | Cimetière latin Terra Santa | Alexandrie | Egypte

En 1998 et 1999, la même zone a été fouillée de nouveau par une équipe grecque puis une équipe allemande. Leurs prospections à l’aide de moyens techniques modernes de géophysique ont démontré une série d’anomalie (cavités, puits, passage, descentes, etc…) dans les environs proches du tombeau Adriani. Les travaux ont été repris et confirmés en 2001 par les géophysicien du Centre d’Etudes Alexandrines à l’aide de radars et de mesures sismiques et électromagnétiques. Mais si la présence d’un ensemble souterrain est avéré, aucun indice concret ne laisse penser jusqu’ici qu’il s’agit bien du tombeau d’Alexandre le Grand.

La théorie vénitienne

Parmi toutes les idées ou théories qui entourent ce mystère, l’historien Andrew Chugg, auteur de quatre ouvrages sur Alexandre le Grand, a émis l’hypothèse audacieuse que le corps embaumé d’Alexandre se trouverait de nos jours à Venise. Aucune preuve concrète cependant ne peut étayer cette thèse. Voir son livre « Le tombeau perdu d’Alexandre le Grand »

Le travail de Valério Manfredi

C’est l’historien Valério Manfredi qui signe l’ouvrage le plus complet et le plus objectif sur la question avec « Le tombeau d’Alexandre le Grand | L’énigme »

On pense aujourd’hui avec beaucoup de certitude que le Sôma se trouvait à l’intersection de la voie Canopique, qui traverse la ville d’Alexandrie du nord-est au sud-ouest depuis la porte du Soleil jusqu’à la porte de la Lune, et de l’autre voie principale orientée nord-sud qui relie la presqu’île de Lochias au lac Maréotis. Mais Alexandrie est aujourd’hui une ville tentaculaire et bétonnée, et entreprendre des fouilles archéologiques serait un projet colossal, trop incertain et trop coûteux. Ainsi, les historiens et archéologues du monde entier, malgré de nombreuses recherches et des hypothèses plus nombreuses encore, ignorent toujours sa localisation exacte.

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Tombeau dit « d’Alexandre le Grand » à Istanbul

A noter qu’un « tombeau d’Alexandre le Grand » est visible au Musée des Antiquités à Istanbul. Il ne s’agit bien-sûr pas du vrai tombeau du conquérant macédonien. Il porte ce nom en raison des splendides sculptures qui décorent ses flancs et racontent des épisodes de la vie d’Alexandre.

La mort d’Alexandre le Grand ainsi que l’emplacement exact de son tombeau restent peut-être aujourd’hui la plus grande énigme historique et archéologique de notre temps.

 

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La mort d'Alexandre le Grand ainsi que l’emplacement exact de son tombeau restent peut-être aujourd’hui la plus grande énigme historique et archéologique de notre temps.
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Bruno Perrin-Turenne