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Le coup d’état du 18 brumaire de Napoléon Bonaparte marque en France la fin de la période du Directoire et, plus généralement, la fin de la Révolution. C’est le début du régime consulaire.

Le coup d’état du 18 brumaire, le contexte

La constitution de 1795 – dites « Constitution de l’An III », qui avait fondé le Directoire, a fait long feu. Le gouvernement est asphyxié par les difficultés économiques à l’intérieur, les menaces militaires à l’extérieur et surtout le risque d’un retour prématuré des royalistes. Le pouvoir législatif est totalement inefficace. La chambre basse, le Conseil des Cinq-Cents, chargé de proposer les lois, n’a pas de vraie majorité et se trouve tiraillée entre plusieurs factions antagonistes, dont les néo-jacobins, les modérés, mais aussi un bon nombre de députés favorables à un retour de la monarchie. Quant à la chambre haute, le Conseil des Anciens, elle s’oppose régulièrement au Conseil des Cinq-Cents en amendant ou rejetant ses propositions, et reste en grande majorité hostile au Directoire. La France est au bord du gouffre. Il y a urgence. Mais les dispositions légales, prévue justement par la constitution, empêchent toute réforme avant plusieurs années. Inacceptable pour Sieyès, nommé depuis mai 1799 au Directoire et qui se trouve à la tête du parti des « révisionnistes ». Le coup d’état du 18 brumaire intervient donc dans un contexte politique à la fois totalement bloqué et extrêmement tendu…

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Emmanuel-Joseph Sieyès

En réalité, très nombreux sont ceux qui veulent en finir avec le régime du Directoire. Le complot qui va aboutir au coup d’état du 18 brumaire est donc vaste. Il regroupe d’abord deux des cinq Directeurs, Sieyès, Ducos. Des ministres sont également impliqués : Talleyrand, ministre des relations extérieures et qui sera déterminant dans toutes les manœuvres en coulisses, Fouché, le ministre de la police et enfin Cambacérès, nommé depuis peu ministre de la justice. De hauts fonctionnaires amènent leur concours, en particulier Gaudin, commissaire général de l’administration des postes et à ce titre responsable du fameux « cabinet noir », service d’interception et de lecture des courriers rétabli par le directoire en 1796.  Au sein du corps législatifs, les deux anciens présidents du Conseil des Anciens – Cornudet des Chaumettes et Lemercier – sont pour la destitution du régime et ont rallié à leur cause une grande majorité de membres.

La société civile, elle aussi, fournit sont lot d’intrigants avec les financiers Collot et Ouvrard ainsi que bon nombres d’autres hommes influents. Enfin, les insurgés ont un atout majeur avec eux : Lucien Bonaparte est élu à la présidence du Conseil des Cinq-Cents le 23 octobre 1799. C’est le frère de Napoléon Bonaparte, le général qui a sauvé la République lors de l’insurrection royaliste du XIII vendémiaire – an IV,  qui s’est couvert de gloire pendant sa campagne d’Italie et dont l’expédition en Egypte a encore renforcé la popularité. Justement, Sieyès «cherche un sabre», c’est à dire un militaire au caractère bien trempé et ayant suffisamment d’autorité pour pouvoir appuyer le renversement du régime. Il est convaincu que seul un plan soigneusement préparé et rondement mené avec l’appui de l’armée peut permettre d’obtenir le succès.
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Lucien Bonaparte

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Napoléon Bonaparte

Or le général Napoléon Bonaparte a débarqué à Fréjus le 9 octobre 1799, auréolé de la gloire de son expédition en Egypte. Soigneusement orchestrée par une propagande habile, sa popularité est  immense. Sur la route de Paris, il est acclamé par la foule. Sieyès est un ami de Lucien Bonaparte. Il pense tenir son homme. Jeune, dynamique, populaire, n’ayant pas froid aux yeux, Napoléon Bonaparte saurait sans aucun doute rallier à lui les officiers et l’armée. Il semble être la solution idéale… sinon la seule. Dès le lendemain de son élection, le 24 octobre, Lucien Bonaparte va favoriser le rapprochement entre Sieyès et son frère. La rencontre a lieu chez le général, dans l’hôtel Beauharnais, rue Chantereine (rebaptisée plus tard rue de la Victoire). Sieyès propose l’idée du coup d’état. Bonaparte, évidemment déjà tenu au courant par son frère, accepte. Reste à arrêter chaque détail du plan, ce qui va être fait rapidement, le soir-même et les jours suivants. Avec tant de personnalités influentes et d’hommes-clés aux décisions, on se dit le coup d’état du 18 brumaire a été une simple formalité… En réalité, les choses ont été un peu plus compliquées que prévu…

Le coup d’état du 18 brumaire, le déroulement

La première partie du plan se déroule sans aucune difficulté. Le 17 brumaire, an VII, soit le 7 novembre 1799, l’ensemble des officiers de la garnison parisienne et des officiers généraux présents dans la capitale sont convoqués chez le général Bonaparte pour le lendemain matin. Les plus fidèles du général ont déjà été mis dans la confidence et pris leurs dispositions. C’est ainsi qu’au petit matin du 18 brumaire – 8 novembre 1799, un grand nombre de militaires se retrouvent rue Chantereine à l’hôtel Beauharnais. Ils sont pratiquement tous convaincus que Bonaparte va reprendre la tête de l’armée d’Italie et cherche à former ses états-majors. Le général les reçoit, mais au lieu de l’Italie, c’est bien de la France et de sa situation catastrophique qu’il leur parle…

Pendant ce temps, le Conseil des Anciens est réuni aux Tuileries. On annonce qu’un complot est sur le point de renverser le corps législatif. Il faut mettre les deux assemblées en lieu sûr. Les Anciens votent le transfert des Conseils au château de Saint-Cloud et confient à Bonaparte le commandement de toutes les troupes de Paris pour assurer la sécurité des députés.

A 8h30, un messager du Conseil des Anciens vient remettre le décret à Bonaparte. Sa lecture enthousiasme les officiers qui l’entourent. Le général est acclamé. Les ordres fusent. La machine militaire est lancée. L’armée se déploie. Les généraux font occuper les points stratégiques par leurs troupes. Le général Lannes  s’assure des Tuileries. Milhaud est envoyé au palais du Luxembourg où se trouve le Directoire. Murat est à l’école militaire. Berruyer se rend aux Invalides et Marmont verrouille l’actuel palais Bourbon où siège le Conseil des Cinq-Cents.

Vers 9 heure, le général Bonaparte arrive aux Tuileries avec ses officiers d’état-major. Aux députés devant qui il doit prêter serment, il offre une courte allocution. Extrait :

« La République périssait ; vous l’avez su et votre décret vient de la sauver ; malheur à ceux qui voudraient le trouble et le désordre ! Je les arrêterai. […] Nous voulons une république fondée sur la vraie liberté, sur la liberté civile, sur la représentation nationale. Nous l’aurons, je le jure, je le jure en mon nom et en celui de mes camarades d’armes. ».

Il est chaudement applaudi et poursuit sur sa lancée en fustigeant violemment les directeurs et leur incompétence. Au palais du Luxembourg, justement, les directeurs Siyès et Ducos ont démissionné, comme prévu. Les trois autres, Barras Gothier et Moulin, se retrouvent seuls. Ils ne peuvent que constater que le général Moreau « assure leur sécurité ». Barras feint l’indignation, mais il est déjà au courant du complot. Il a été convaincu – c’est-à-dire grassement soudoyé – par Talleyrand… Moulin est le plus récalcitrant. La défection de la garde du Directoire le ramène à la réalité. Depuis 10 heures du matin, les Directeurs n’ont en réalité plus aucun pouvoir. Ils auront tous démissionné avant midi…

A sa sortie des Tuileries, Bonaparte tombe sur Bottot, le secrétaire de Barras. « Qu’avez-vous fait de cette France que je vous ai laissé si brillante ? Je vous ai laissé la paix, j’ai retrouvé la guerre ! Je vous ai laissé des victoires, j’ai retrouvé des revers ! Je vous ai laissé des millions d’Italie, j’ai retrouvé partout des lois spoliatrices et la misère ! ».

A midi, Lucien Bonaparte lit le décret de transfert des assemblées devant le conseil des Cinq-Cents. Tollé des jacobins qui ont vu l’armée se déployer et sentent bien que quelque chose ne tourne pas rond. Trop tard. La décision a été prise légalement par les Anciens, il n’y a rien à faire.

En début d’après-midi, l’armée contrôle tous les points névralgiques de Paris ainsi que la route de Saint-Cloud. Il n’y a plus de gouvernement. Aucun mouvement de foule, aucune protestation de la rue. La vie semble poursuivre paisiblement son cours. Au soir du 18 brumaire, le plus dur reste à faire : obtenir des deux assemblées qu’elles acceptent la modification de la Constitution et nomment trois Consuls pour mener la tâche à bien. Les têtes pensantes du coup d’état se réunissent à l’hôtel de Breteuil. Les cercles jacobins mobilisent partout et comptent bien faire échouer le complot. Une trahison, un défection, et tout peut capoter. Bonaparte est inquiet. Il ne s’endort qu’avec un pistolet chargé sous l’oreiller. Sieyès, quant à lui, a prévu une voiture et quatre chevaux au cas où les choses tourneraient mal. La partie est loin d’être gagnée. La journée du 19 brumaire sera décisive. On le sait peu, mais le coup d’état du 18 brumaire s’est en réalité tenu sur deux jours et deux nuits.

Le 19 brumaire au matin, 5 000 soldats sont mobilisés au château de Saint-Cloud. Napoléon Bonaparte y arrive en toute fin de matinée. Les choses ne vont pas bien. L’ouverture du Conseils des Cinq-Cents a pris énormément de retard. Elle n’intervient que vers 12h30. Le président, Lucien Bonaparte, est immédiatement dépassé. Les députés jacobins font feu de tous bois. Ils prennent leurs collègues à parti, dénoncent le coup d’état et en appellent à la fidélité à la Constitution à laquelle ils proposent et obtiennent de prêter serment. On discute, on s’insulte, on tergiverse. C’est le chaos. Lucien Bonaparte n’arrive pas à ramener le calme.

A 14h, le Conseil des Anciens ouvre sa séance. Là encore, les jacobins sont bien décidés à ne pas se laisser faire. Ils demandent des explications. Quel est donc ce « complot » à cause duquel les deux assemblées ont du « se réfugier » à Saint-Cloud ? La situation s’enlise. Une heure plus tard, rien n’a bougé. Bonaparte s’impatiente. Le serment des Cinq-Cents à la Constitution n’est pas une bonne nouvelle. En milieu d’après-midi, les Anciens veulent suspendre leur assemblée : ils ont appris que les Directeurs avaient démissionné et veulent charger les Cinq-Cents de désigner des candidats à leur succession.

Pour Bonaparte, c’en est trop. Il décide d’intervenir en personne. D’abord au Conseils des Anciens où il sait que la majorité reste favorable. Vers 15h30, Sans y être invité, il pénètre dans la salle avec ses aides de camp. Grave erreur. L’intrusion est très mal perçue. Il est immédiatement pris à parti. On l’accuse de vouloir instaurer une dictature et un gouvernement militaire. Il proteste, fait valoir de sa confiance dans le Conseil des Anciens. Rien n’y fait. Son allocution est très mal accueillie. Sa voix porte peu, il prononce des phrases hachées et presque incohérentes. Il finit par sortir en balbutiant un «qui m’aime me suive» qui se perd dans la confusion et les cris des députés hostiles. Ceux qui étaient favorables au coup d’état commence sérieusement à songer à assurer leurs arrières…

Sans se décourager, Bonaparte traverse la cour encombrée de soldats et se rue dans la salle de l’Orangerie où siègent les Cinq-Cents. Il comment exactement la même erreur. Accompagné de quatre grenadiers, il pénètre d’autorité dans la salle où l’agitation rend déjà la situation très compliquée. A peine est-il entré que les huées et les invectives explosent. Les députés hurlent, jacobins en tête : « A bas le dictateur ! », « A mort le tyran ! » Il est même pris à parti physiquement. On le prend au col, on le secoue, on le bouscule. Livide, il s’effondre dans les bras de ses grenadiers qui l’emportent in extremis dans le chaos le plus total. Certains députés jacobins proposent alors sa mise hors-la-loi qui est mise au débat. D’autres députés demandent qu’on lui retire immédiatement son commandement. C’est la confusion la plus totale. Lucien Bonaparte tente de défendre son frère, rien n’y fait. Sous les huées, il cède alors son siège à un remplaçant, la vacance de la présidence empêchant tout vote.

Il est plus de 17h. La situation semble sur le point d’échapper complètement aux insurgés. Bonaparte s’est ressaisi, mais ses deux échecs consécutifs lui ont fait perdre son élan. Sieyès sent le vent tourner. La seule manière de sauver la situation est désormais de faire intervenir la troupe où le flottement est palpable… Lucien Bonaparte reprend son poste mais uniquement pour suspendre la séance. « Il n’y a plus ici de liberté ! » lance-t’il dans le chaos le plus total avant d’abandonner ses insignes et de sortir sous la protection de grenadiers.

Napoléon Bonaparte  est remonté à cheval. Il a appelé aux armes et les officiers ont fait sonner le branle-bas. Lucien le rejoint. A cheval lui aussi, il se met à haranguer les soldats présents : « L’immense majorité du Conseil est, en ce moment, sous la terreur de quelques représentants à stylets […] qui se sont mis eux-mêmes hors la loi […] que la force les expulse. Ces brigands ne sont plus les représentants du peuple ; ils sont les représentants du poignard. » Ce mythe de Napoléon Bonaparte agressé au poignard par les députés lors du coup d’état du 18 brumaire est une pure invention, mais il aura la vie dure…

Les hommes hésitent. Ils sentent bien que quelque chose ne va pas et ont bien perçu la tension des événements, mais  comment savoir si ce n’est pas Bonaparte lui-même qui est hors-la-loi ? Ne sachant de quel côté se pencher, ils ne bougent pas. Lucien harangue les hommes avec force. En vain… A bout d’arguments, il finit par se saisir d’une épée et, à la grande surprise des soldats médusés, il la pointe directement sur le cœur de son frère, en jurant « de lui percer le sein si jamais il portait atteinte à la liberté des français ». Le coup de bluff est stupéfiant. Cette fois les soldats sont retournés. « Vive le général ! Vive Bonaparte ! ».

Napoléon ordonne à Murat d’agir. Les tambours sonnent le pas de charge.  Le bouillant général emmène les grenadiers, baïonnettes au canon, dans la salle des Cinq-Cents. L’intrusion armée semble avoir muselé les députés. Le général Leclerc prend la parole : « Citoyens représentants, on ne peut plus répondre de la sûreté du Conseil, je vous invite à vous retirer. » Les députés n’osent pas bouger. On se regarde, on s’observe… Quelques cris de refus se font entendre… Cette fois Murat explose et hurle à ses grenadiers : « Foutez-moi tout ce monde dehors ! » Puis, il lance aux députés : «Citoyens, vous êtes dissous !». C’est la panique. Les députés s’enfuient comme ils le peuvent, la plupart par les fenêtres. A la nuit tombée, on en rattrape tant bien que mal une centaine pour entériner « légalement » la fin du Directoire et l’installation du Consulat. Le coup d’état du 18 brumaire qui se voulait parlementaire a cédé la place à un coup d’état purement militaire.

Vers quatre heures du matin, les trois Consuls Sieyès, Ducos et le premier d’entre-eux, Napoléon Bonarte, prêtent serment de fidélité «à la souveraineté du peuple, à la République unie et indivisible, à la liberté, à l’égalité et au système représentatif.»

Le coup d’état du 18 brumaire s’achève donc dans la nuit du 19 au 20 brumaire de l’an VIII (9 au 10 novembre 1799).

Le 22 frimaire An VIII (13 décembre 1799), la constitution de l’An VIII est signé par Bonaparte, Premier Consul, à qui elle confère en réalité tous les pouvoirs. Il aura ces mots :

« Citoyens, la révolution est fixée aux principes qui l’ont commencé, elle est finie ! »

 

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Bruno Perrin-Turenne