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La bataille de Dien Bien Phu, troisième volet d’un récit en cinq épisodes. Vous pouvez retrouver le premier épisode en cliquant ICI, et le deuxième en cliquant ICI

La bataille de Dien Bien Phu, du 15 au 30 mars 1954

La tactique de Giap a indéniablement ébranlé les français. Mais elle a occasionné de très lourdes pertes dans les rangs du Viet Minh. On estime le coût des attaques entre le 13 et le 15 mars à près de 3000 morts vietnamiens. Giap prend rapidement conscience qu’il ne pourra pas enlever la partie de cette manière. S’il continue dans cette voie, il risque fort de reproduire le désastre de Na San, en 1952, où le Vient Minh s’était cassé les reins sur un camp fortifié français. Le général vietnamien décide donc de stopper pour un temps ses sanglantes offensives terrestres frontales et entreprend de se réorganiser et de se réapprovisionner en munitions.

Dans le même temps, les français envoient des renforts. Le 16 mars, le 6ème BPC de Bigeard est parachuté sur le camp. Le retour de cette unité d’élite remonte quelque peu le moral des assiégés sérieusement mis à mal par les deux jours précédents.

La bataille de Dien Bien Phu, l’asphyxie…

Après les premières offensives du Viet Minh, la période du 15 au 30 mars marque donc une relative baisse d’intensité dans la bataille de Dien Bien Phu.

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Très relative en fait. Car Giap tient l’initiative et il est bien décidé à la conserver. Pour ne pas laisser respirer ses adversaires et pour couvrir sa réorganisation, il va les harceler constamment, en particulier avec son artillerie. La bataille de Dien Bien Phu devient un long et terrible affrontement d’usure.

Désormais bien positionnée sur les hauteurs, judicieusement camouflée et pouvant atteindre n’importe quel point de la cuvette, l’artillerie Viêt Minh entreprend de pilonner sans relâche tous les points névralgiques du camp français. Elle s’acharne en particulier sur la piste d’atterrissage, si vitale pour les assiégés.

Très vite, l’utilisation des avions devient extrêmement périlleuse, de jour comme de nuit. Le dernier vol d’évacuation parvient à quitter la piste de justesse, sous le feu Viet Minh, le 27 mars. Le 28, juste avant le lever du jour, l’avion qui doit procéder aux évacuations est endommagé à son atterrissage. Evacué, il est détruit au sol dès les premières lueurs de l’aube par l’artillerie viet minh.

Arrivée à son bord, chargée initialement du convoyage des blessés, l’infirmière Geneviève de Galard se retrouve coincée. Elle se porte aussitôt volontaire pour servir dans l’hôpital de campagne où son comportement exemplaire auprès des blessés et des mourants, jusqu’à la fin de la bataille, sera salué par tous. Elle sera la seule française présente dans le camp retranchée. La presse anglo-saxonne la surnommera « l’ange de Dien Bien Phu ».

L’évacuation des blessés devient complètement impossible. Les parachutages de renforts et de ravitaillement sont soumis au feu intense de la défense anti-aérienne du Viêt Minh. La seule ligne de ravitaillement des français est dès lors fortement compromise. Dans le camp français, la situation des défenseurs devient de plus en plus critique.

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Au sud du principal dispositif de défense français, le PA Isabelle est dangereusement isolé. La liaison avec ses défenseurs nécessite la mise en place quotidienne d’opérations de plus en plus risquées. Le 23 mars, lors de l’une de ces tentatives de liaison, les légionnaires du 1er BEP perdent 9 hommes, dont 3 officiers, et ont plus de 20 blessés. Ils ont été pris à partie en embuscade par des éléments Viet Minh infiltrés. Les liaisons avec Isabelle sont de fait rendues quasi suicidaires par le pilonnage et les coups de force du Viêt Minh. Elles sont finalement totalement abandonnées. Ses défenseurs, commandés par le lieutenant-colonel Lalande se battront désormais totalement seuls et isolés. Jusqu’à la fin.

Le 28 mars, Bigeard et ses hommes, appuyés par les paras du 8ème BPC, contre-attaquent vers l’ouest pour tenter de détruire des canons de DCA ennemis qui réduisent considérablement l’efficacité de l’effort aérien français. L’assaut est rondement mené. Les paras percutent très violemment leurs adversaires et leur infligent au moins 350 morts et peut-être plus d’un milliers de blessés. Les pertes françaises sont bien moindres, mais malgré tout très lourdes compte tenu de la situation : 17 tués dont 2 officiers et 4 sous-officiers.  Et pourtant le succès est malheureusement limité. Si de grandes quantités d’armes légères sont prises au Viet Minh, seuls quelques canons lourds sont détruits.

Malgré des coups de force de ce type répétés avec courage et obstination, les français ne parviennent pas à faire taire l’artillerie Viêt-Minh. Pas plus que la DCA qui rend terriblement dangereuses les missions aériennes de ravitaillement, de soutien et de bombardement qui sont la clé du maintien des défenseurs. Ni leurs coups de mains, ni les attaques aériennes de l’aviation française, n’entament le potentiel destructeur de leur ennemi.

Inlassablement, de jour comme de nuit, les terrassiers volontaires ou réquisitionnés par le Viet Minh creusent un réseau tentaculaire de tranchées. Petit à petit, ces tranchées resserrent des nœuds coulants qui étranglent les différents points d’appui et les isolent chaque jour un peu plus. Constamment harcelés par l’artillerie, les mortiers et les tirs de couvertures, les défenseurs entendent souvent les vietnamiens à seulement quelques mètres d’eux, sans jamais pouvoir arrêter leur lente mais inexorable avancée. Ces tranchées permettent à des éléments Viet Minh de s’infiltrer dans le camp retranché, de lancer des embuscades rapides et meurtrières et de maintenir constamment la pression sur leurs adversaires en lançant des assauts surprises aussi brefs que violents sur les postes de défense.

Entre deux assauts, sous les bombardements ou pendant les très brêves accalmies, le jour et la nuit, les soldats du Viet Minh interpellent leurs adversaires à l’aide de hauts-parleurs. Ils essaient de toucher en particulier la sensibilité des troupes nord-africaines (algériens et marocains) dont ils pensent qu’elles seront plus réceptives à leur discours anti-colonialiste. Ils les incitent à la reddition et à la désertion, ils tentent d’insinuer le poison du doute et du défaitisme. Des tract sont régulièrement lancés dans les tranchées françaises. Ils promettent la vie sauve et de nombreux avantages en nature aux déserteurs, avec un accueil particulièrement fraternel à tous ceux qui auront tué le plus possible de colonialistes avant de rejoindre les rangs de « l’armée de la libération »… Une propagande sans conséquence sur la fidélité et le courage des défenseurs, mais terriblement usante pour leurs nerfs et leur moral.

Dans l’hôpital de campagne du camp principal français, les blessés sont chaque jours un peu plus nombreux. Les morts aussi. Le stock de médicament se réduit dangereusement. Les conditions d’hygiène se dégradent d’heure en heure. Partout les effets de la fatigue, du stress et du manque de nourriture commencent sérieusement à se faire sentir. Et pourtant, chaque défenseur du camp de Dien Bien Phu sait pertinemment que le Viet Minh est en train de se réorganiser et que le pire est donc encore à venir…

Lentement, inexorablement, les défenseurs de Dien Bien Phu sont asphyxiés.

[ A suivre ]

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La bataille de Dien Bien Phu connait une très relative baisse d'intensité entre le 15 et le 30 mars 1954. Après ses premières attaques particulièrement coûteuses en vies humaines - près de 3000 morts dans ses rangs, le général Giap suspend ses offensives frontales et entreprend de réorganiser et ravitailler ses troupes tout en harcelant constamment les défenseurs du camp retranché.
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B. Perrin-Turenne

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