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La CRISES DES MISSILES DE CUBA | Le site de l\'Histoire | Historyweb de Cuba a duré treize jours. Treize jours aujourd’hui trop largement oubliés pendant lesquels le monde est pourtant passé à deux doigts du gouffre nucléaire. Récit.

Le contexte de la crise des missiles

Devenue indépendante de l’Espagne en 1898, l’île de Cuba devient rapidement le pré carré de l’influence des Etats-Unis dans la mer des Caraïbes. En 1958, le dictateur mis en place par les américains, Batista, est renversé par une guérilla menée par Fidel Castro et le révolutionnaire argentin Ernesto Che Guevara. Si le nouveau régime dictatorial de Castro est dans un premier temps reconnu par les Etats-Unis, les relations entre les deux pays ne tardent pas à se durcir. Rejetant l’influence américaine et voulant appliquer son projet collectiviste, Castro nationalise à tour de bras. D’abord les ressources et les infrastructures agricoles, puis les industries.  De nombreuses entreprises américaines se retrouvent du jour au lendemain dépossédées de leurs avoirs. Castro se rapproche également de l’URSS avec qui il signe des accords diplomatiques et commerciaux dès février 1960. Le point de non-retour est atteint lorsque Castro décide de nationaliser les infrastructures pétrolières de raffinage de l’île qui appartiennent toutes à des consortium américains. Pour Washington, la coupe est pleine. Tête de pont communiste à 150 km des côtes de la Floride, Cuba devient la véritable bête noire des américains. Par l’intermédiaire de la CIA, le président Eisenhower autorise un programme de soutien logistique et militaire aux contre-révolutionnaires cubains. Le but est de former et armer des unités cubaines capables de renverser Castro. Le 20 janvier 1961, John F. Kennedy succède à Eisenhower à la Maison Blanche et hérite du problème cubain. Le 17 avril 1961, 1 400 hommes des unités cubaines formées par la CIA débarquent sur l’île dans la Baie des Cochons. Kennedy refuse d’impliquer directement l’armée américaine. L’opération tourne au fiasco. Castro exulte et raille les Etats-Unis. La stature et la crédibilité présidentielle de Kennedy sont durablement affaiblies, notamment sur la scène politique intérieure américaine. Le 7 février 1962, les Etats-Unis décrètent un embargo total contre Cuba pour affaiblir Castro et forcer une révolte de l’intérieur. Le seul résultat sera de pousser un peu plus les cubains dans les bras du grand frère soviétique.

En juin 1961, Kennedy rencontre le premier secrétaire du parti communiste soviétique, Nikita Khrouchtchev en marge de la Conférence de Vienne, en Autriche. L’entretien est plutôt glacial. Le chef de l’URSS promet néanmoins à plusieurs reprises qu’il n’a pas l’intention de transformer Cuba en base soviétique avancée dans la mer des Caraïbes. Il ne tiendra pas cet engagement. 11 mois plus tard, il lance une opération baptisée  « Anadyr » qui a pour but d’envoyer dans le plus grand secret à Cuba des moyens militaires en hommes, matériels et armements conventionnels, mais surtout des missiles nucléaires avec tout leur appareillage logistique.

L’amorce de la crise des missiles

Le 14 octobre 1962, un avion américain de reconnaissance et d’espionnage « U2 » photographie des sites d’installation de missiles sur l’île de Cuba.

Le 15 octobre, le développement des films par les services du NPIC – « National Photographic Interpretation Center » – révèle que l’URSS est en train d’installer plusieurs rampes de missiles « SS-4 » à tête nucléaire sur l’île. Ceux-ci ne pouvant être détectés suffisamment à l’avance en cas de lancement pour garantir la riposte immédiate exigée par la politique de dissuasion, la situation est extrêmement grave pour les Etats-Unis qui se trouvent sous la menace directe d’une attaque nucléaire. De plus, 26 cargos soviétiques, transportant potentiellement des ogives nucléaires et du matériel lourd, sont également repérés en route vers l’île. C’est le début de la crise des missiles de Cuba. Une crise qui va durer treize jours. Treize jours d’un affrontement diplomatique et parfois militaire qui s’avérera être le plus grave de toute la guerre froide. Treize jours durant lesquels le monde va retenir son souffle et passer à deux doigts de la troisième guerre mondiale.

La crise

Le lendemain 16 octobre, le président Kennedy convoque d’urgence un Conseil de Sécurité Nationale. C’est la stupéfaction. Les Etats-Unis sont convaincus que l’URSS cherche à modifier brutalement le rapport des forces entre les deux superpuissances. Un défi auquel ils ne peuvent se dérober, sinon en portant gravement atteinte à leur sécurité, à leur crédibilité et à la confiance de leurs alliés. Kennedy se voit contraint d’examiner les différentes options de riposte avec ses plus proches conseillers qui forment, au sein du Conseil National de Sécurité (NSC – National Security Council), un comité exécutif baptisé « ExComm ». Certains de ces conseillers lui recommandent d’emblée et sans ambiguïté une action militaire aérienne directe contre les sites de lancements et les installations logistiques sur Cuba. Mais cette option ne convainc pas le président qui redoute, à juste titre, une escalade irréversible.

Une semaine de débats intenses va être nécessaire pour permettre à l’ExComm d’apprécier convenablement la situation et élaborer une réaction adaptée à la menace. Robert Macnamara, le secrétaire à la défense, va finir par proposer et soutenir vivement une solution alternative : un blocus maritime de l’île jusqu’au retrait total des missiles. En langage diplomatique, le blocus va être appelé « une quarantaine navale » au trafic d’armes offensives vers Cuba. C’est l’amorce d’une nouvelle stratégie américaine de crise : la réponse graduée. Elle va viser à répondre point par point, avec mesure mais fermeté, aux actions entreprises par les Soviétiques, afin de toujours laisser la place à une issue diplomatique éventuelle. Cependant, Kennedy accepte, au cas où la crise ne serait pas achevée avant la fin du mois, de recourir aux frappes aériennes et au débarquement. En prévision, les Etats-Unis mettent en alerte près de 600 avions de combat et 40 000 Marines. Cinq divisions, dont les 82e et 101e aéroportées, sont concentrées en Floride. 60 ans avant Geoges W. Bush, les faucons de la Maison Blanche ont déjà les griffes très acérées…

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Réunion de crise à la Maison Blanche. Au centre, le président Kennedy. A sa gauche, le secrétaire à la défense Robert MacNamara

Le 22 octobre, la mise en alerte et le déploiement des forces américaines ne peuvent plus être ignorés par la presse qui commence à se douter que quelque chose de grave est en train de se dérouler. Dans un discours télévisé resté célèbre, Kennedy annonce au pays, et au monde, la terrible teneur des informations révélées par l’avion U2 et les mesures de blocus naval décidées :

« Notre politique a été marquée par la patience et la réserve. […]  Nous avons fait en sorte de ne pas nous laisser distraire de nos objectifs principaux par de simples causes d’irritation ou des actions de fanatiques. Mais aujourd’hui il nous faut prendre de nouvelles initiatives – c’est ce que nous faisons et celles-ci ne constitueront peut-être qu’un début. Nous ne risquerons pas prématurément ou sans nécessité le coût d’une guerre nucléaire mondiale dans laquelle même les fruits de la victoire n’auraient dans notre bouche qu’un goût de cendre, mais nous ne nous déroberons pas devant ce risque, à quelque moment que nous ayons à y faire face. […] Premièrement : Pour empêcher la mise en place d’un dispositif offensif, une stricte quarantaine sera appliquée sur tout équipement militaire offensif à destination de Cuba. Tous les bateaux à destination de Cuba, quels que soient leur pavillon ou leur provenance seront interceptés et seront obligés de faire demi-tour s’ils transportent des armes offensives. Si besoin est, cette quarantaine sera appliquée également à d’autres types de marchandises et de navires. Pour le moment cependant, nous ne cherchons pas à priver la population cubaine des produits dont elle a besoin pour vivre, comme les Soviétiques tentèrent de le faire durant le blocus de Berlin en 1948. […]

Sixièmement : Conformément à la Charte des Nations unies, nous demandons ce soir une réunion d’urgence du Conseil de Sécurité afin de répondre à la plus récente menace soviétique à la paix du monde. La résolution que nous nous proposons de soumettre consiste à prévoir le démantèlement rapide et le retrait de toutes les armes offensives de Cuba, sous le contrôle d’observateurs de l’ONU, avant que l’embargo ne puisse être levé.

Septièmement et finalement : je fais appel à M. Khrouchtchev afin qu’il mette fin à cette menace clandestine, irresponsable et provocatrice à la paix du monde et au maintien de relations stables entre nos deux nations. Je lui demande d’abandonner cette politique de domination mondiale et de participer à un effort historique en vue de mettre fin à une périlleuse course aux armements et de transformer l’histoire de l’homme. […] »

Le ton est donné. C’est le début « officiel » de la crise des missiles.

Le blocus

Les États-Unis saisissent en soirée le Conseil de Sécurité de l’ONU. Le texte du discours, accompagné d’une longue lettre, est envoyé à Khrouchtchev.

Le lendemain 23 octobre, l’ordre de blocus est signé. Kennedy a consulté ses alliés directs et obtenu la promesse que la France, le Royaume-Uni et les autres états membres de l’OTAN le soutiendront en cas de guerre contre l’Union Soviétique. Khrouchtchev, dans une lettre à Kennedy, l’accuse de le « menacer » et affirme que « l’Union Soviétique ne respectera pas le blocus ». En des termes extrêmement virulents, il accuse les Etats-Unis de « pousser l’humanité vers les abîmes d’une guerre atomique mondiale ».

Le 24 octobre au matin, le blocus est en place. Il va nécessiter 183 vaisseaux de guerre dont huit porte-avions. En face, ce sont trente cargos et quatre sous-marins  soviétiques qui sont maintenant détectés en route vers Cuba. Parmi eux, quatre ont des missiles nucléaires dans leurs soutes. Dans le même temps, l’armée Rouge et les forces du Pacte de Varsovie sont mises en alerte. La crise franchit un degré supplémentaire.

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Bâtiment américain interceptant un cargo soviétique en mer des caraïbes

Jusqu’à ce que l’enfer gèle…

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Adlai Stevenson

Le 25 octobre, Adlai Stevenson, ambassadeur américain aux Nations-Unies parle devant le Conseil de sécurité des Nations Unies. Par la voix de son ambassadeur Valerian Zorin, l’URSS persiste à jouer sur les mots et entretient un flou artistique destiné à retarder une prise de décision des membres du Conseil. Dans une allocution claire et bien tournée, Stevenson réexplique le fil des événements et rejette les accusations de l’URSS qui présente les USA comme les responsables de la crise. Un dialogue tendu s’installe avec l’ambassadeur soviétique Zorin, seulement ponctué par les traductions. Il restera dans l’Histoire…

Stevenson : « L’autre jour, M. Zorin, je vous rappelle que vous n’avez pas nié l’existence de ces armes. Au lieu de cela, nous avons entendu qu’elles étaient soudain devenues des armes défensives. Mais aujourd’hui, à nouveau, si je vous entends correctement, vous dites maintenant qu’elles n’existent pas, ou que nous n’avons pas prouvé qu’elles existent, avec un mépris rhétorique certain. Très bien monsieur, laissez-moi vous poser une simple question. Niez-vous, ambassadeur Zorin, que l’URSS est en train d’installer des sites et des missiles de portée moyenne et intermédiaire à Cuba ? Oui ou non ? N’attendez pas la traduction. Oui ou non ? »

Zorin répond, dédaigneux : « Je ne suis pas dans un tribunal américain, monsieur, et donc je ne souhaite pas répondre à une question qui m’est posé à la manière d’un procureur. En temps voulu, monsieur, vous aurez votre réponse. Ne nous inquiétez pas. »

Mais Stevenson poursuit : « Vous êtes ici et maintenant devant le tribunal de l’opinion mondiale et vous pouvez répondre oui ou non. Vous avez nié qu’elles existent. Je veux savoir si vous… si ces… si je vous ai compris correctement. »

Zorin, toujours dédaigneux : « Continuez votre déclaration, monsieur, s’il vous plait. Vous recevrez la réponse en temps voulu. »

Tentant de calmer le jeu, le Secrétaire Général de l’ONU intervient : « M. Stevenson, voudriez-vous continuer votre déclaration s’il vous plait ? Vous recevrez la réponse en temps voulu. »

Mais Stevenson ne lâche rien : « Je suis préparé à attendre ma réponse jusqu’à ce que l’enfer gèle, si c’est votre décision. Et je suis également préparé à présenter les preuves dans cette salle. »

Le Président de séance donne alors la parole au représentant du Chili, mais Stevenson revient à la charge : « Je n’ai pas fini ma déclaration. Je vous ai posé une question. Je n’ai pas eu de réponse à la question et je vais maintenant, si je puis, terminer ma déclaration. Je doute que quelqu’un dans cette salle, à part probablement le représentant de l’Union Soviétique, ait le moindre doute sur les faits. Mais au regard de ses déclarations et des déclarations du gouvernement soviétique jusqu’à jeudi dernier, quand M. Gromyko niait l’existence ou même l’intention d’installer de telles armes à Cuba, je vais dès maintenant vous faire la présentation des preuves disponibles. Si vous voulez bien m’accorder un petit moment, nous allons dresser un chevalet ici à l’arrière de la salle où j’espère qu’il sera visible de tous. »

Et devant l’ensemble du Conseil de Sécurité et un Zorin médusé qui tente du bout des lèvres d’en contester l’authenticité, la délégation américaine expose alors de grandes photos aériennes qui prouvent indiscutablement la présence des missiles soviétiques à Cuba.

Le bord du gouffre

La lettre secrète de Khrouchtchev

Le 26 octobre, les vols de reconnaissance sur Cuba se poursuivent et s’intensifient. Ce sont 36 missiles qui sont pointés sur divers endroits des Etats-Unis. Le premier arraisonnement d’un bâtiment soviétique intervient dans la matinée. Il s’agit du navire Marcula. Les forces américaines inspectent le bateau et, celui-ci ne contenant pas d’armement, il est autorisé à reprendre sa route.

Dans une lettre adressée à Kennedy, que les services américains vont réussir a authentifier comme émanant bien de Khrouchtchev, celui-ci reconnait implicitement la présence de missiles à Cuba et fait l’amorce d’une proposition : le retrait des missiles contre l’engagement américain de lever le blocus et de ne pas envahir Cuba… Cette proposition est toutefois transmise par un canal indirect. Elle est relayée au gouvernement américain par un journaliste d’ABC, John Scali, qui a lui-même été contacté par un membre important de l’ambassade soviétique à Washington que les américains parviendront à identifier comme étant un proche de Khrouchtchev. La lettre du dirigeant soviétique est véhémente et très directe, mais c’est le premier pas que les américains attendaient désespérément. Ils vont s’engouffrer dans la brèche. Ironie du calendrier, le même jour les soviétiques effectuent un tir nucléaire d’essai en Sibérie orientale…

Sortie de la crise des missiles ? Non. Car dans le même temps, sur la zone du blocus, un des sous-marins soviétiques est détecté au sonar par les Américains qui le prennent en chasse. De plus, Fidel Castro, persuadé que les américains vont envahir Cuba dans les toutes prochaines heures, presse Khrouchtchev de frapper le premier. Le 26 octobre au soir, personne ne le sait encore mais le pire de la crise des missiles est à venir…

Le 27 octobre, le jour où tout a failli basculer

Un U2 abattu…

Le 27 octobre, un avion U2 est abattu au dessus de Cuba. Khrouchtchev n’avait pas donné cet ordre. C’est Castro qui a pris cette initiative désastreuse, tout seul. Depuis le début de la crise, il agit en véritable chien fou dans un jeu de quille, menaçant à tout moment de provoquer l’irréparable. Bien évidemment, le Conseil national de Sécurité américain analyse cette action comme une escalade et Kennedy, sous la pression de plus en plus forte de ses faucons, est contraint de donner l’ordre, en cas de nouvelle agression, de bombarder les sites de missiles. Castro semble incontrôlable. Les faucons américains. se frottent les mains.

… un autre pris en chasse

Le même jour, un autre avion U2, envoyé à l’extrême nord de l’Alaska pour recueillir des échantillons atmosphériques à la suite de l’essai nucléaire soviétique de la veille, dévie de sa route initiale et s’égare en territoire soviétique au dessus de la Sibérie. Six Mig de la chasse soviétique décollent et se lancent à sa poursuite. L’Air Force réagit en envoyant en urgence deux chasseurs bombardier F-102 chargés de protéger le U2 et, le cas échéant, de détruire ses poursuivants. Seulement voila, ces deux chasseurs ont décollé dans la précipitation sans que les équipes au sol aient eu le temps de les réarmer. Or, en plus de leur armement conventionnel, les deux F-102 ont été équipés au début de la crise chacun avec une bombe nucléaire d’une puissance légèrement supérieure à celle d’Hiroshima. De fait, si jamais l’un des deux pilotes est attaqué, touché ou panique, il peut armer et tirer seul son missile nucléaire… Mais le U2 finit par retrouver le bon cap et réussit à quitter le territoire soviétique quelques minutes avant d’être intercepté…

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Avion espion américain U2

Le drame du B59

A plusieurs centaines de kilomètres de là, dans les profondeurs de la mer des Caraïbes, le sous-marin soviétique B59 de la classe Foxtrot est traqué depuis deux jours par la marine américaine. Le vieux bâtiment à propulsion diesel est au bord de l’asphyxie. Littéralement. Car les filtres de purification d’air sont à saturation et ne peuvent plus recycler les vapeurs toxiques émises par les moteurs… La température de certains compartiments atteint les 50°C. Les marins s’effondrent les uns après les autres. Les membres de l’équipage encore en état d’agir sont dans un état de tension extrême.

Tout à coup, cinq terribles explosions se font entendre. Sous les ondes de choc, le sous-marin semble se disloquer. Des fuites apparaissent dans la coque. Le jeune commandant Savitsky est persuadé que les américains ont délibérément cherché à le couler. Il n’a pas pu contacter son état-major depuis plus de 48h. La fatique, la tension… Il panique. « On va les faire exploser maintenant ! Nous mourrons, mais nous coulerons tous ensemble ! » Et il donne l’ordre à un officier de sécurité spécialement affecté à la salle des torpille d’armer l’engin que le sous-marin a embarqué dans le plus grand secret avant de quitter l’URSS : une torpille équipée d’une ogive nucléaire de 10 kilotonnes. L’ordre est terrible, mais il répond très exactement aux dernières consignes reçues avant d’appareiller : en cas d’attaque potentiellement fatale, tirer la fameuse torpille. Et le commandant est le seul maître à bord. De toute façon, le commissaire politique approuve cet ordre. Il est lui aussi persuadé que la guerre a éclaté. Un homme intervient pourtant. Il s’agit du second, Vassili Arkhipov, qui ne doit sa présence à bord pour cette mission qu’à un remplacement de dernière minute.

L’homme a du caractère. Il s’oppose frontalement au commandant et au commissaire politique. Il parle, argumente, supplie, menace et parle encore et encore. Certes, les explosions ont été particulièrement violentes, mais si les américains avaient voulu couler le sous-marin, il serait déjà par le fond. Les charges devait être creuses, c’est à dire presque inoffensives… Contre toute attente, il parvient finalement à calmer le commandant puis à le ramener à la raison.

Le B59 finit par faire surface au milieu de 4 navires de l’US Navy. Arkhipov envoie des signaux pour que les américains renoncent à tenter d’arraisonner le sous-marin. Ceux-ci ont eu ce qu’ils voulaient – forcer le sous-marin à faire surface – et ils vont se contenter de cela. Grâce à Arkhipov,  le drame a été évité in extremis. Qu’a-t-il dit au commandant Savitsky pour parvenir à éviter le pire ? On ne le saura jamais. Il meurt en 1998 sans avoir jamais rien dit de ces quelques instants où il a regardé l’apocalypse droit dans les yeux. En tout cas il avait vu juste : pour éviter tout engrenage fatal, les navires anti sous-marin de l’US Navy avaient effectivement reçu l’ordre de ne tirer que des charges creuses…

Il faudra attendre la fin des années 1990 pour que la déclassification d’archives de l’ex-URSS révèle que le B59 transportait bel et bien une ogive nucléaire et avait failli atomiser une partie de la flotte américaine…

Près de Guantanamo bay

Enfin, toujours le 27 octobre, à Cuba, près de la base militaire américaine enclavée de Guantanamo, les soviétiques déploient une batterie de plusieurs dizaines de missiles de courte portée à tête nucléaire. Le but de ce déploiement est de rayer la base de la carte en quelques secondes si les hostilités devaient être déclenchées. Si les américains découvrent ces missiles si proches de leur base, le casus belli sera avéré et la guerre immédiatement déclenchée par une frappe aérienne américaine que Kennedy sera contraint d’ordonner sur le champ. Mais pour une raison encore inexpliquée aujourd’hui, aucun avion de reconnaissance américain ne repérera jamais la batterie soviétique.

Et tout ceci ressemble à un funeste prélude. Car dans l’Atlantique, les navires et les sous-marins soviétiques poursuivent inexorablement leur route vers Cuba et l’affrontement avec la marine américaine.

Enfin, toujours le 27 octobre, Robert Kennedy reçoit un rapport confidentiel du Directeur du FBI, Edgard Hoover, l’informant que les diplomates soviétiques à Washington ont reçu l’ordre de commencer à détruire les archives de leur ambassade. Visiblement, il se préparent au conflit ouvert. C’est le point culminant de la crise des missiles de Cuba.

On est alors réellement au bord de la guerre. Robert Kennedy écrira :

« Je sentais que nous étions au bord du précipice, sans aucun moyen de revenir en arrière. »

La troisième lettre

En milieu de journée, les américains apprennent toutefois que les vingt navires soviétiques les plus proches du blocus ont finalement stoppé en pleine mer. Peut-être Khrouchtchev est-il en train de céder ? Ou peut-être a-t-il simplement jugé inutile de tenter de rompre le blocus au risque d’un affrontement ouvert car les missiles déjà en place à Cuba suffisent largement à peser dans la balance.

Ce même jour, les Soviétiques envoient une autre lettre aux américains. Elle est datée du 26 :

« Monsieur le Président […] nous voulons bien retirer de Cuba ces armes que vous considérez comme offensives. Nous voulons bien le faire et nous y engager devant les Nations Unies. Vos représentants feront alors une déclaration stipulant que les Etats-Unis de leur côté, comprenant le souci et l’anxiété de l’Union Soviétique, évacueront leurs armes équivalentes de Turquie. […] Nous […] ferons une déclaration devant le Conseil de Sécurité pour que le gouvernement soviétique donne ainsi la solennelle assurance qu’il respectera l’intégrité des frontières de la Turquie  […] Le gouvernement des Etats-Unis fera la même déclaration au Conseil de Sécurité en ce qui concerne Cuba ».

Le ton de cette nouvelle lettre est dans l’ensemble nettement moins avenant que la lettre précédente et visiblement elle n’émane pas directement de Khrouchtchev, mais plutôt du ministère soviétique des affaires étrangères, voire directement du Politburo. Une constatation qui inquiète les américains. Khrouchtchev est-il en train de perdre la main et de se faire déborder par les faucons soviétiques ? Au moins avec Khrouchtchev ont-ils un interlocuteur clairement identifié. Mais une proposition est néanmoins clairement mise sur la table : le retrait des missiles soviétiques à Cuba contre le retrait des missiles américains en Turquie.

Kennedy est furieux. Au début de l’année 1962, il avait expressément ordonné que les missiles américains déployés en Turquie soit démantelés. Ces armes étant devenues obsolètes et ayant été remplacées par d’autres vecteurs nucléaires plus fiables et de plus longues portées, elles étaient totalement inutiles. Mais au printemps, les fonctionnaires du Département d’Etat américain s’était heurtés à un refus catégoriques des Turcs qui craignaient de perdre leur parapluie américain, et le retrait n’avait pas été effectué. Et voila que ces mêmes missiles obsolètes offraient sur un plateau une monnaie d’échange aux soviétiques. Or Kennedy, hanté par le désastreux fiasco de la Baie des Cochons en 1961 où il avait été taxé de faiblesse face aux communistes, ne peut pas se permettre d’avoir l’air de céder face aux soviétiques.

Dans un ultime effort diplomatique, les américains vont choisir d’ignorer sciemment la destruction de leur U2 au dessus de Cuba, ainsi que l’origine de la seconde lettre émanant du Politburo. Et pour  conforter Khrouchtchev, qu’ils pensent être en difficulté avec ses propres faucons, ils vont choisir de n’adresser leur réponse qu’à lui-même.

Kennedy répond donc :

« Monsieur le Président, j’ai lu votre lettre du 26 octobre avec le plus grand soin et j’apprécie le désir que vous exprimez de trouver une solution rapide aux problèmes qui nous préoccupent. La première chose à faire, cependant, est de cesser les travaux entrepris sur les bases de fusées offensives à Cuba et de rendre inutilisables tous les armements susceptibles d’être offensifs, sous le contrôle des Nations Unies.
Supposant que ceci serait fait dans les meilleurs délais, j’ai donné à mes représentants à New-York des instructions qui leur permettront d’élaborer pendant ce week-end, en coopération avec le secrétaire général des Nations unies et votre représentant, les modalités d’une solution permanente au problème cubain sur les bases proposées dans votre lettre du 26 octobre  […] Pour notre part, nous accepterions  […] de vous donner des assurances contre toute invasion de Cuba  […] ».

Cette assurance de non invasion de Cuba doit permettre à Khrouchtchev de rebondir favorablement, sans faire perdre la face aux Soviétiques. C’est le frère du Président, Robert Kennedy, qui porte en personne cette lettre à l’ambassadeur soviétique à Washington, Anatoli Dobrynine.

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Robert (à gauche) et John F. Kennedy à la Maison Blanche pendant la crise.

La fin de la crise des missiles

Le 28 octobre, les américains sont dans l’expectative. La réponse tarde à venir. Enfin, ils reçoivent une nouvelle lettre. Khrouchtchev a saisi à son tour la perche tendue et laisse enfin entendre que la crise des missiles est en passe d’être résolue :

« Monsieur le Président […] Afin d’éliminer aussi rapidement que possible le conflit qui met en danger la cause de la paix […] le gouvernement soviétique a complété ses instructions antérieures, visant à cesser les travaux sur les bases de construction d’armement, par l’ordre de démanteler les armes que vous qualifiez d’offensives, de les remettre en caisse et de les réexpédier en Union Soviétique […]  J’ai  accueilli avec respect et confiance votre message du 27 octobre 1962, dans lequel vous déclariez qu’il n’y aurait ni attaque ni invasion de Cuba, et cela ni de la part des Etats-Unis, ni de la part d’autres nations de l’hémisphère occidental, comme vous le précisez dans ce même message. Puisqu’il en est ainsi, les raisons qui nous ont poussés à aider Cuba de la façon que vous savez disparaissent. […] Comme je vous le disais dans ma lettre du 27 octobre, nous sommes disposés à conclure un accord permettant aux représentants de l’O.N.U. de vérifier le démantèlement de ces installations. Donc, étant donné les assurances que vous nous avez données et nos instructions concernant le démantèlement, toutes les conditions nécessaires à l’élimination du conflit actuel sont réunies  […] ».

Officieusement, au grand soulagement de toutes les parties, la crise des missiles de Cuba est bel et bien terminée. Mais seul le principe de sortie de crise est acquis. Il reste encore à mener des négociations serrées.

En coulisse, c’est le frère du président, Robert Kennedy, qui finit par négocier directement avec l’ambassadeur Dobrynine, qui s’avère être un interlocuteur décisif pour la sortie de la crise des missiles. Au terme de ces discussions intenses, les Etats-Unis s’engagent – en secret – à évacuer leurs missiles « Jupiter », de toute façon obsolètes, de Turquie et d’Italie. Officiellement, ils ne concèdent que la promesse de non-invasion de Cuba, ce qui reste toutefois très important pour permettre aux Soviétiques de ne pas perdre la face sur la scène internationale. Les missiles Jupiter seront finalement retirés en toute discrétion, mais plusieurs mois plus tard. L’accord secret « Robert Kennedy-Anatoli Dobrynine » qui a réellement marqué la sortie de la crise des missiles de Cuba ne sera révélé dans ses détails qu’en 1978.

Les soviétiques démantèleront rapidement toutes leurs installations nucléaires à Cuba. Ils opposeront une fin de non recevoir à Castro qui demandait à conserver quelques missiles en secret sur son sol, « au cas où » . Ils ont raison. Parmi les plus déterminés dans l’entourage de Castro, Che Guevara avait dit un peu plus tôt à l’ambassadeur yougoslave à Cuba : « Si nous, les Cubains, avions le contrôle de [ces] armes nucléaires, nous les installerions sur chaque centimètre de Cuba et n’hésiterions pas, si nécessaire, à les tirer dans le coeur de l’adversaire : New York. ». C’est le 2 novembre 1962, lors d’une allocution télévisée, que le Président Kennedy, laisse enfin entendre publiquement que la  crise des missiles à Cuba est en passe de connaître « un dénouement satisfaisant ». Le blocus, lui, ne sera levé que le 20 novembre.

Le monde entier respire et la sortie de la crise est largement considérée comme un succès personnel de Kennedy. En Union Soviétique, la perte de crédit de Khrouchtchev va grandement contribuer à son renversement, qui aura lieu en 1964. Plus que son recul face à Kennedy, ses adversaires ne lui pardonneront pas d’avoir lui-même engagé la crise en ayant gravement sous-estimé la volonté et la fermeté des américains. Khrouchtchev a en effet joué à l’apprenti sorcier en envoyant du personnel militaire soviétique installer des missiles nucléaires à Cuba dès mai 1962 lors de l’opération « Anadyr », dans le plus grand secret, tout en assurant aux américains qu’il n’en ferait jamais rien.  Il comptait placer Kennedy devant le fait accompli pour le mettre en défaut politiquement, notamment à l’occasion des élections de mi-mandat en novembre aux Etats-Unis. De fait, le contrôle des événements va totalement lui échapper, et il se retrouvera lui-même coincé entre la fermeté américaine et les pressions du Politburo qui ne lui laisseront d’autre choix que d’accepter un compromis plutôt désavantageux pour sortir de la crise des missiles.

En octobre 2012, le « Cold War International History Project Bulletin » a publié le compte-rendu d’un entretien ayant eu lieu le 30 octobre 1962 à Moscou entre Khrouchtchev et Antonin Novotny, le chef du Parti communiste de Tchécoslovaquie. Le Premier Secrétaire soviétique livre là une explication assez surprenante sur la crise des missiles de Cuba qui montre à quel point il a failli être complètement dépassé  :

« Cette fois, nous étions vraiment à deux doigts d’une guerre nucléaire. […] Castro […] nous disait que les Américains allaient attaquer dans les vingt-quatre heures. Il nous proposait de déclencher une guerre atomique en premier. Nous étions totalement stupéfaits. Clairement, Castro n’avait aucune idée de ce qu’était une guerre thermonucléaire. Après tout, si un tel conflit s’était produit, c’est Cuba qui aurait d’abord disparu de la surface de la Terre. Et puis, il pouvait y avoir une contre-attaque, potentiellement dévastatrice. Après tout, qu’aurions-nous gagné ? Des millions de gens seraient morts, dans notre pays aussi. Est-ce qu’on peut envisager une chose pareille ? Pouvons-nous permettre de mettre en danger le monde socialiste, imposé dans la douleur par la classe ouvrière ? Seule une personne aussi aveuglée par la passion révolutionnaire que Castro peut parler ainsi. »

De fait, les Etats-Unis et l’Union Soviétique se sont fait très peur lors de cette crise des missiles de Cuba. Ils ont compris que la catastrophe nucléaire n’avait été évitée que de justesse et que tout aurait pu basculer en une fraction de seconde. Ils vont décider de mettre en place le « téléphone rouge », en fait une ligne permanente de télescripteurs en liaison directe entre Moscou et Washington. Chacun des deux camps va totalement revoir ses protocoles d’utilisation de l’arme nucléaire et renforcer ses procédures de contrôle et de sécurité.

La guerre froide entre les deux grands va continuer jusqu’en 1989, date à partir de laquelle commence l’effondrement du bloc communiste. Même au plus fort des tensions diplomatiques, notamment avec le durcissement de la politique étrangère de Ronald Reagan, la crise des missiles de Cuba restera toujours à l’esprit des diplomates des deux camps comme l’exemple bien réel que le pire peut toujours survenir, et jamais plus les relations USA-URSS n’atteindront un tel point de paroxysme et de proximité du non-retour.

La crise des missiles de Cuba est enseignée et analysée encore aujourd’hui dans de nombreuses grandes écoles militaires et commerciales à travers le monde pour apprendre aux étudiants à reconnaître et sortir par le haut d’une crise militaire, politique, commerciale ou diplomatique en apparence inextricable.

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La crise des missiles de Cuba a duré treize jours à la fin de 1962. Treize jours aujourd'hui trop largement oubliés pendant lesquels le monde est pourtant passé à deux doigts du gouffre nucléaire. Récit.

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Bruno Perrin-Turenne

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